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Mardi 12 Mai 2009, 20 h 30, au théâtre Mac-Nab de Vierzon :

ABD AL MALIK


D’origine congolaise, Abd Al Malik – de son vrai nom Régis – arrive en France en 1981 et s’installe à Strasbourg, dans un quartier difficile. Après le divorce de ses parents, et malgré une scolarité brillante, Régis devient délinquant. Chrétien convaincu, il se convertit à l’Islam et prend le nom d’Abd Al MALIK. Il commence une carrière dans le rap et son succès trouble les religieux extrémistes. Abd Al MALIK découvre alors le soufisme : il s’aperçoit que l’Islam peut être une religion tolérante et devient un militant de la paix. Puis ce sera le phénomène « Gibraltar » en 2006 qui le consacre « Victoire de la Musique catégorie Musiques Urbaines ». Le rappeur prend son envol durant les Festivals d’été 2007. Six mois plus tard, il est nommé « Chevalier des Arts et desLettres », avant d’obtenir, au printemps 2008, le titre d’interprète masculin de l’année aux « Victoires de la Musique ». C’est ce rappeur au grand cœur, admirateur de Jacques BREL, qui se produira au Théâtre Mac-Nab accompagné de cinq musiciens. Vous y découvrirez alors son nouvel album – Allez ! Soyez exact au rendez-vous ! Abd Al MALIK y sera, lui !


Théâtre MAC-NAB
37 avenue de la République
18100 VIERZON
tél : 02 48 53 02 60
fax : 02 48 71 72 91
horaires: du lundi au vendredi de 13h à 17h et le samedi de 10h à 13h


mac-nab@ville-vierzon.fr




Pourquoi êtes-vous un fan inconditionnel de Jacques Brel ?
Jacques Brel parce que c’est exactement la conception que j’ai d’un artiste : tout donner comme si après, il n’y avait plus rien. Et puis il a aussi une écriture incroyable, portée par la force d’interprétation. La musique derrière, cette espèce de mini-symphonie, est merveilleuse. Pour moi, Brel c’est un rappeur, c’est un rockeur, une vraie référence.

Que lui avez-vous pris ?
Tout. Je pense que son écriture m’influence beaucoup, sa musicalité aussi. Dans les années 60, sa musique était baroque pour l’époque. Il m’a vraiment donné le goût de ne pas être spécialement à la mode. De juste faire ce qui me touche. Et cette envie aussi de partager des émotions en racontant des histoires, de transcender mon statut social en rendant mes histoires universelles, comme lui. Je viens également d’un milieu social particulier mais j’ai cette envie de raconter des histoires qui touchent tout le monde.

(20 minutes. fr; 18 octobre 2006).


Dans son précédent album, « Gibraltar », Abd Al Malik revisitait brillamment « Ces gens-là » à travers son titre « les Autres ». Quant au prochain, intitulé « Dante », qui sortira le 3 novembre, il contient pas moins de six chansons composées par Gérard Jouannest, le pianiste complice historique de Jacques Brel.


Comment avez-vous découvert Jacques Brel ?

Abd Al Malik.
Comme tout le monde, je connaissais d’abord cette figure en noir et blanc, cet artiste qui sue sur scène en chantant Ne me quitte pas … Puis mon épouse, qui a grandi avec ça, m’a guidé et j’ai commencé à vraiment l’écouter il y a une dizaine d’années. J’ai alors découvert que Jacques Brel était tout : un rockeur, un rappeur… Avec lui, on n’est pas dans l’interprétation ni dans la chanson. On est dans la vie.

Vous n’écoutiez pas de chanson française ?

J’étais dans ma tribu, celle du rap, qui se nourrit d’échantillons de musiques. C’est aussi un exercice qui pousse à aller voir dans tous les autres genres artistiques. En écoutant Brel sans a priori, j’ai compris son côté fort et universel. Il était capable de connecter sa petite histoire à l’histoire collective. Le tout avec la magie de l’émotion.

Aujourd’hui, que reste-t-il de lui ?

J’ai la chance de travailler avec son pianiste et ami Gérard Jouannest. Lorsqu’il me parle de lui, j’ai l’impression que sa force est encore là, tout entière. Après sa chanson « Ces gens-là », Brel avait décidé d’arrêter. Tout le monde se demandait pourquoi. Il répondait : Je ne suis pas à vendre. Pour moi, être artiste c’est ça : être entier. C’est aussi simple que ça, peu importe le style musical dont on est issu. Il est aussi de ceux qui sont parvenus à mettre de la complexité dans la culture populaire. C’est pourquoi à mon sens il reste tout de Jacques Brel aujourd’hui.

Pensez-vous prendre la relève de Jacques Brel ?

Non, je n’ai pas cette prétention. Mais il fait partie de mes héros et je ne veux pas que le patrimoine qu’il nous a laissé finisse dans un musée. Notre rôle d’artistes est de nous nourrir de cela tout en amenant notre propre singularité. Jacques Brel nous apprend beaucoup de choses à travers sa flamboyance artistique et sa vie. Il ne faisait pas semblant et était capable de se connecter à quelque chose qui vibre en chacun de nous. Tous les artistes aspirent à cela.

 

(Le Parisien; 7 octobre 2008)


Abd al Malik et Gérard Jouannest


Sur Gibraltar, le pianiste et compositeur Gérard Jouannest, légendaire compagnon de Jacques Brel, enregistre trois titres avec le rappeur. Une collaboration exceptionnelle par sa puissance et sa portée. Rencontre.

 


 

“Malik pourrait être mon fils, par l’âge. La question d’âge ne m’arrête pas”. Gérard Jouannest est un homme avare de mots. Quand il dit que la rencontre avec Abd al Malik est une rencontre importante, ce n’est pas par politesse ou par obligation commerciale : entre le légendaire pianiste de Jacques Brel puis de Juliette Gréco (qu’il a épousée) et le rappeur strasbourgeois d’origine congolaise, il ne s'agissait pas d’enregistrer un featuring ordinaire sur un album de rap rapidement consommable.


Pas loin de quarante ans de différence, des univers radicalement différents et mieux qu’un banal choc des cultures dans la rencontre du verbe puissant et intense d’Abd al Malik et du piano classique de Gérard Jouannest : il y a là un moment d’histoire des musiques populaires en France, un croisement d’héritages et de traditions a priori incompatibles et qui pourrait bien faire date. Quelques temps après la sortie de l’impressionnant album Gibraltar (sur lequel on croise aussi le chanteur et guitariste Mathieu Boogaerts, l’immense accordéoniste Marcel Azzola, la chanteuse Keren Ann, le batteur de jazz Régis Ceccarelli…), le rappeur et le pianiste se sont rencontrés pour RFI Musique. Extrait de leur dialogue.

 

G.J. : Il y a eu la surprise de l’annonce, quand on m’a dit qu’un rappeur voulait travailler avec moi. Mais dès que je l’ai rencontré, j’étais à l’aise. Et tellement à l’aise que quand j’ai commencé à jouer du piano, il a demandé du papier, il a écrit tout de suite sur ce que je jouais. Tout d’un coup, ça m’a rappelé l’ambiance avec Brel quand on travaillait exactement de cette manière. Il écrivait à mesure de ce qu’il entendait, la musique lui donnait l’idée des mots. Je n’étais pas perdu du tout avec Malik, c’est comme si on se connaissait depuis des années. On est quand même très différents mais avec lui je me suis retrouvé en famille.

 


Vraiment, c’était aussi simple que ça ?

A. M. : La première fois que j’ai rencontré Gérard, je n’allais pas écrire un texte ; on devait faire connaissance, voir si éventuellement on pouvait faire quelque chose ensemble.


G. J. 
: Il n’y avait rien d’organisé. J’ai joué un truc au hasard, en improvisant. Malik m’a demandé si je pouvais continuer, comme Brel qui me disait “rejoue-moi ça”. Il n’avait même pas de papier et de crayon sur lui ! Ça s’est déclenché comme ça. On ne s’est pas parlé. J’ai continué à jouer, je le voyais qui écrivait. Il est resté une heure ou deux, j’ai joué la même chose, en boucle. Et au  bout d’un moment…


A. M.
 : Au bout d’un moment, j’avais les trois quarts du texte Il se rêve debout. Gérard joue et il y a les mots qui sortent. C’est tellement naturel qu’il y a une musique qu’il m’a proposée, à la deuxième rencontre, sur laquelle rien n’est venu.


G. J.
 : C’est comme avec Brel : il y a plein de choses que je lui jouais sur lesquelles il n’a pas écrit. Si ça n’enclenchait pas au départ, c’était foutu. Il fallait que les mots viennent sur une découpe de phrase, immédiatement. Comme pour Bruxelles, le mouvement 1-2-3-4, 1-2, 1-2-3-4, sur lequel tout s’est enchainé [Ce sont les vers “C’était au temps/Où Bruxelles bruxellait ”]. Tous les jours en répétition, je jouais n’importe quoi. S’il n’y avait pas d’écho, je jouais autre chose. Et puis, parfois : “ rejoue-moi ça”. J’ai travaillé avec beaucoup d’auteurs depuis Jacques. Il n’y a qu’avec Malik que j’ai revécu ça. Quarante ans après.

 

Vous avez écrit et enregistré ensemble trois chansons sur cet album. Et ensuite ?

A. M. : On ne peut pas savoir. Mais il y a des envies. Ce qui est sûr, c’est que, au départ de ce disque, ce que Gérard a fait avec Brel est une de mes principales sources d’inspiration.

G. J. : Il connaît mieux ces disques que moi !


A. M.
 : Avant même que je sache que l’on allait travailler ensemble, c’était une vraie force, mon disque est imprégné des chansons de Brel. L’envie, maintenant, ce serait de faire un autre album en partant de rien, avec seulement Gérard au piano.


G. J.
 : Moi je veux bien continuer, si c’est possible. Il faut que ça vienne naturellement, en se rencontrant, en jouant. J’avais par exemple pensé à une histoire qui durerait plus longtemps qu’une chanson, un conte de cinq ou dix minutes…


A. M.
 : Et moi j’avais une idée de ce goût-là en tête depuis longtemps. Pour moi, la sincérité, la véracité, la spontanéité sont des choses qui vont ensemble. Il y a d’autres méthodes de travail mais, moi, c’est ce en quoi je crois : être le fils de l’instant. J’ai le sentiment que cette démarche donne de l’épaisseur à la production artistique.

Abd al Malik, Gibraltar, (Atmosphériques) 2006

Bertrand  Dicale

 

Gérard Jouannest : Je n’aurais jamais pensé faire une chose comme ça. Et ça s’est fait très rapidement. On s’est parlé pour la première fois au mois d’avril ou mai. Au mois de juillet, c’était en boîte !

Abd al Malik : Pour moi, c’est franchement un rêve devenu réalité. Une surprise ? Pas tant que ça, du fait que j’étais admirateur du travail de Gérard chez Brel, un univers auquel me lie quelque chose d’affectif. Quant à savoir si c’était possible, c’était tout autre chose. Mais une fois que ça s’est fait, c’était de l’ordre de l’évidence. J’ai vraiment le sentiment qu’il y a là quelque chose de normal. Il y a l’émerveillement, je suis content comme un enfant, mais il n’y a pas de surprise au sens de deux mondes qui se rencontrent sans s’être jamais connus.
RFI Musique : Est-ce une surprise de vous retrouver là, ensemble, dans la même aventure musicale ?

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