A quand une place Jacques Brel...

 

à Vierzon.... ?

 

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Psychanalyse de Vierzon


Cher Jacques,

     Imagine une vaste esplanade, si vaste qu'à l'échelle humaine, une silhouette est un point et trois silhouettes, des points de suspension.

     Imagine encore que, dans un décor de bâtiments industriels du XIXème siècle où le verre et le fer sont deux matières extrêmement compatibles, l'ombre d'une ancienne et vaste usine, s'appuie généreusement sur les pavés neufs de cette esplanade.
     Imagine encore que, pour des raisons précises, certainement trop longues à expliquer ici, une poignée d'esprits éclairés aient eu la volonté d'aligner disons, quarante divans pour que puissent s'y coucher des inconscients volontaires pour dire tout haut ce que leur concience ne leur autorise d'habitude pas.

     Imagine que parmi les névroses profondes qui font d'une ville, une fortification particulière où bouillonnnent le meilleur et le pire sans que le meilleur, toutefois, ne parvienne à transpirer sous le soleil universel, je veux dire le soleil que nous connaissons tous, soient extirpés avec douceur, lavés, soignés et rangés convenablement.

     Imagine que tout se passe bien, la parole devient facile, la mémoire collective et malgré les nuages gris et les gouttes de pluie d'une météo parfaitement indifférente au genre humain, les habitants de cette ville, disons Vierzon pour cerner la surface géographique où j'ai envie de t'emmener, distillent un certain nombre de raisons profondes pour lesquelles il existe des solutions et pour les autres aucune.

     Imagine encore un tout petit peu que dans le flot des échanges, des monologues parfois savoureux, des dialogues qui se nouent dans une complicité particulière, quelqu'un ou quelques uns prononcent ton nom, comme ça, à la volée, comme si, dans l'ordre naturel des choses, on associe deux mots : Paris et la Tour Eiffel, la mer et le sel, la nuit et le jour, la terre et la lune.  

     Bref, de ces unions si évidentes que l'évidence même ordonne de ne même pas les prononcer, que seule, la volonté de leur existence suffit à les nommer.

     Voilà, imagine la scène : des gens s'allongent des fauteuils blancs et ils parlent de ce qui rend Vierzon innacessible aux autres. Au cours de cet après-midi là, d'ailleurs, une question essentielle fut posée, la voici :

Avez-vous conscience que Vierzon rend Vierzon plus intéressant que Vierzon ?

     Cette question unique et forte suffit à poser ses valises. Les ouvrir. Fouiller dedans à la recherche du futile. Jeter le futile. Conserver uniquement l'utile. Concentrer l'utile. Jeter la valise.Peser l'utie. Prendre conscience de sa masse. De la place qu'il tient dans notre main. Voilà.

    Imagine, cher Jacques, dans ce magma de paroles distordues, échevelées, dans ce champ de mots dont la moisson le dispute aux semailles, imagine, dans ce conglomérat de matière invisible qu'est la parole, ton nom fuse. Avec une violence proportionnelle à ton degrès d'absence jusqu'alors. Et de cette rencontre entre l'air et la formation de ton nom, il y a un déclic comme une explosion. Parce que la personne qui a parlé de toi a senti que c'était le moment et que si Vierzon rend Vierzon plus intéressant que Vierzon c'est parce que justement, tu as rendu Vierzon plus intéressant que Vierzon en consacrant à ta chanson, le privilège extrême de nous citer.

     Je dis nous, parce que, sur cette esplanade, le sentiment collectif de notre appartenance était fort. Même pour celles et ceux qui appartenaient à d'autres ailleurs.

     C'est cela la vraie force de ta chanson : l'appartenance. Qui appartient à l'autre ? Est-ce toi, cher Jacques qui appartient à Vierzon ou Vierzon, qui depuis quarante ans t'appartient et qui cherche, et cherche encore la raison de cette appartenance quand bien même, je crois qu'on me l'a dit,.. il n'y a pas de véritables raisons ? J'en doute.

     Vois-tu, sur cette esplanade tantôt traversée par une averse de soleil, tantôt fouettée par une éclaircie de pluie, j'ai compris une chose primordiale : ta présence. Ta présence est devenue si dure, si inexpiable, si étanche à tout retour en arrière, que tout Vierzon désormais est contenue dans ton retour en grâce. Car il faudra bien que l'on t'accorde enfin, à Vierzon, la place que tu n'as demandé à personne et que tu as prise. Et c'est peut-être cela, après tout, la vraie clef de ce mystère : tu n'as demandé l'autorisation à personne pour t'installer.

     Et j'ai vu, sur cette immense esplanade, une ombre sans vraie forme mais avec un vrai fond : si tu fus l'homme de la Mancha, tu es l'homme de Vierzon. Et ce qui est formidable, c'est que ton nom est sorti avec la même force et la même évidence de chaque conscience éclairée comme du vaste inconscient colectif qui nous réunit tous autour de toi.

A lire  à ce propos :
http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/05/16/t-as-voulu-voir-vierzon-et-o...

A écouter :
http://www.france-info.com/spip.php?article136785&theme=9&sous_theme=12

Cher Jacques

(contribution de Jean-Marie Favière)


       En écho à ce mémorable temps fort de psychanalyse urbaine de ce week‑end, temps fort qui n’a pas manqué d’autres échos sonores (double page centrale de Monde 2, interview téléphonique en direct de La Chaîne Parlementaire, reportage sur France Info), je te propose impromptu ce petit portrait, chinois et brélien à la fois.

 

       Si Vierzon était un fruit ?

       N’importe lequel, pourvu qu’il évoque la mort tranquille des Marquisiens. Ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit.

 

       Si Vierzon était une plante ?

Ce serait de préférence un indice de verticalité, une plante qui vit résolument debout. Comme dans « L’Homme dans la cité », dans laquelle certains voyaient un hymne à De Gaulle, et d’autres à Mendès-France :

 

Et qu'il soit pareil aux arbres

Que mon père avait plantés

Fiers et nobles comme soir d'été


 

      














            
(Jean-Marie se faisant psychanalyser samedi 17 mai
                       sur l'esplanade de la Société-Française)




Si Vierzon était une couleur ?

       Résolument on irait voir à la fin de cette strophe :

 

Pour faire une bonne dame patronnesse

Il faut être bonne mais sans faiblesse

Ainsi j'ai dû rayer de ma liste

Une pauvresse qui fréquentait un socialiste

Ainsi j'ai dû rayer de ma liste

Une pauvresse qui fréquentait un rouge

 

       Et tout aussi résolument on s’efforcerait d’échapper à celle-ci :

 

Pour faire une bonne dame patronnesse

Mesdames tricotez tout en couleur caca d'oie

Ce qui permet le dimanche à la grand-messe

De reconnaître ses pauvres à soi

 

       Si Vierzon était un homme ?

       Le plus près possible d’Edouard Vaillant, qui est, on ne le dira jamais assez tellement le fait est scandaleusement méconnu à Vierzon même, le troisième pilier de l’édification du socialisme à la fin de XIXe siècle en France (il suffit d’ajouter Jules Guesde pour avoir le podium) :

 

Demandez-vous belle jeunesse

Le temps de l'ombre d'un souvenir

Le temps du souffle d'un soupir

Pourquoi ont-ils tué Jaurès

Pourquoi ont-ils tué Jaurès

 

       Si Vierzon était un film ?

Ce serait à coup sur « Le Far-West », car « Règlement de compte à OK Corral » (Gunfight at the O.K. Corral) n’est pas un film de Brel, mais  un western américain de John Sturges sorti en 1957. Rappelons-en quand même l’argument selon Wikipédia : « Sur la piste d'un dénommé Ike Clanton, Wyatt Earp, shérif de Dodge City, débarque à Fort Griffin, petite bourgade de l'Ouest sous l'autorité de l'un de ses amis, le shérif Cotton Wilson. Il déchante bien vite lorsqu'il apprend que son ami a retourné sa veste et a laissé Clanton s'échapper… »

 

       Si Vierzon était un lieu symbolique ?

       On est tenté dans un premier temps par un lieu qui n’existe pas, comme La Place Sainte-Justine de « Bruxelles »… Mais après réflexion on préférera sans doute cette autre place, qui d’ailleurs n’a jamais vu de kiosque :

 

Et nous voilà sur la grand-place

Sur le kiosque on joue Mozart

Mais dites-moi que c'est par hasard

Qu'il y a là votre ami Léon

Si vous voulez que je cède la place

J'avais apporté des bonbons

 

       Si Vierzon était un chanteur ?

       Si pour une fois on s’abstient de penser à Brel (qui de toute façon est hors concours), il est difficile de trancher entre :

 

La vie ne fait pas de cadeau

Et nom de Dieu c'est triste

Orly le dimanche

Avec ou sans Bécaud

 

et :

 

T'as voulu voir Paris

Et on a vu Paris

T'as voulu voir Dutronc

Et on a vu Dutronc

 

On osera cependant avouer une légère préférence pour cette dernière chanson, puisqu’elle a eu la bonne idée d’ouvrir ses strophes à… VIERZON.

 



David Legrand (alias Godard) est artiste. Isabelle Carlier est directrice de
Bandits-mages.  Avec eux, Florianne et Thomas, lycéens au lycée Edouard Vaillant de Bourges, Jean-Marie Favière, prof de l'option cinéma et Fabien ferrand, prof de cinéma, responsable de la bande-annonce : ensemble, ils ont psychanalysé Vierzon !
Et qu'évoque-t-on dans cette psychanalyse ? Brel évidemment.








A écouter :
http://www.chermedia.com/2009/05/chermedia-radio-3-bandits-mages-friends/




La vidéo d'AnversE

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Pour voir la vidéo d'AnversE, cliquez sur cette photo

Brel et le tracteur Vierzon

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Pour suivre l'aventure du tracteur de Vierzon (le 302 de Daniel Donin de Rosière) sur la route d'AnversE, cliquez sur la photo.

T'as voulu voir Vierzon...


 

 

VierZoul

T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours

T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours
Et je te le dis
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéeon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
T'as plus aimé Paris
Et on a quité Paris
T'as plus aimé Dutronc
Et on a quitté Dutronc
Maintenant je confonds ta sœur
Et le mont Valérien
De ce que je sais d'Hortense
J'irai plus dans l'Cantal
Et tant pis pour Byzance
Puisque j'ai vu Pigalle
Et la gare Saint-Lazare
C'est cher et ça fait mal
Au hasard

Et je te le redis chauffe Marcel
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens kaï kaï
Le voyage est fini
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon

T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours

T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon... chauffe... chauffe
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours ... Chauffez les gars

Mais mais je te le reredis ... Kaï
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard

J'ai voulu voir

J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Enfin ! La ville s’endormait et j’en oublie le nom. Mais non. On n’oublie rien, on n’oublie rien du tout, on n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout. Ni ces départs, ni ces navires, ni ces voyages qui nous chavirent, de paysages en paysages et de visages en visages…

J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. De près. De l’intérieur. Pour mettre un contenu dans un nom propre, des arêtes et des toits autour d’une ville abstraite. Je suis arrivé mais pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi déjà et où aller, n’ai-je jamais rien fait d’autres qu’arriver par la nationale 20. La route de mes tournées avait parfois le goût des chemins de traverse. Je ne sais pas pourquoi la route qui me pousse vers la cité, a l’odeur froide des déroutes de peuplier en peuplier. 
       J’ai aperçu le panneau « Vierzon », avec ses lettres noires dans son rectangle blanc aux bords rouges. Et j’ai souri. Et j’ai pris conscience aussi des conséquences de ma chanson, de ce quelle a permis de Vierzonner Vierzon, vous savez, comme Bruxelles bruxellait. J’ai suivi la route jusqu’à user sa pente, dans le centre de cette ville. Je n’ai pas vu de cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne. En creusant ma balade dans la tendresse de l’été, j’ai eu cette surprise de caresser un canal. Pour une fois celui-ci ne s’était ni perdu, ni pendu. Il y a des évidences qu’une chanson éternise. 
        J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. J’ai quadrillé la ville pour remplir de ce qu’elle est dans ce que j’ai du, un instant, l’imaginer en la nommant. Je ne sais pas pourquoi ces rues s’ouvrent devant moi une à une, je ne sais pas pourquoi la ville m’ouvre ses remparts de faubourgs, pour me laisser glisser fragile, sous la pluie parmi mes amours. Et je me suis assis, quelque part que je ne sais pas nommer, sur une place vibrante d’air chaud où pas même ne paraît un chien. 
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Comme un parfait inconnu qui n’a aucun bagage à poser mais seulement des chansons que j’aurais pu chanter. Je suis passé devant le théâtre, dommage il était fermé. Mais il était trop tard, peut-être, aussi, pour chanter « Tas voulu voir Vierzon » comme une explication, à Vierzon.
       Allez, on m’attend quelque part comme on attend le roi. Mais on ne m’attend point. Je sais depuis déjà que l’on meurt de hasard en allongeant le pas. J’ai allongé le mien jusque dans les recoins où ma chanson a pu se glisser pour la remplir des souffles de cette ville que je ne connaissais pas. Car je peux bien le dire maintenant, je n’en connaissais rien. Ni ses airs de sous-préfecture fêtant la sous-préfète, ni ses histoires murmurées, ni ce succès… un peu ma faute ou grâce à moi ?
Allez, ce n’est pas que je n’aime plus Vierzon que je le quitte, j’ai de la route jusqu’à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs. Et je dois passer voir Hortense, et voir Byzance, et la gare Saint Lazare. Chauffe, chauffe, chauffe, Marcel.
 

 
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