A quand une place Jacques Brel...

 

à Vierzon.... ?

 

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Jacques Brel, premier VRP de Vierzon

Article paru dans le Berry républicain du 30 janvier 2008.
(Voir le site dans la rubrique Liens)

L
a chanson « Vesoul » de Brel fête cette année ses quarante ans. Retour sur une incompréhension : pourquoi Vierzon la zappe-t-elle?

"Tapez Vierzon sur Google. Et regardez. Regardez le nombre de fois où le nom de la ville apparaît grâce à la chanson de Jacques Brel « Vesoul », surtout identifiée par « T'as voulu voir Vierzon? » Quarante ans après la sortie de son album « J'arrive » sur lequel le grand Jacques a couché « Vesoul », il serait peut-être temps de réhabiliter, à Vierzon, le chanteur en même temps que sa chanson.
C'est tout de même étrange que la ville n'ait jamais voulu saisir cette fabuleuse opportunité populaire pour asseoir son image. Plus étrange encore, jamais elle n'a cherché à contredire ses détracteurs : non, mille fois non, il n'y a rien dans la chanson de Jacques Brel qui soit péjoratif pour Vierzon. Pas plus que pour Vesoul, Anvers, Hambourg, Honfleur ou la gare Saint-Lazare?
Bien des hommages se sont succédés, pour d'autres, à Vierzon. Depuis longtemps, par exemple, la ville porte haut le verbe du chansonnier Maurice Mac-Nab dont le théâtre s'est entiché du nom. Bien sûr, il est vierzonnais. Bien sûr, il a chanté à sa manière Vierzon, à travers ses grèves « au métingue du métropolitain »? Vierzon a célébré Jean Marais et sa compagne Madeleine Sologne.
 Mais qui, mieux que Jacques Brel, a su porter le nom de Vierzon sur autant de lèvres à la fois?? Rappelons que la chanson « Vesoul » a été l'un des plus grands succès de Brel. Et que depuis quarante ans, par indifférence ou par désintérêt (volontaire ou involontaire), Jacques Brel est passé à l'as dans une ville qui lui doit (en grande partie) sa réputation qu'elle partage avec les tracteurs de la Française, les bouchons depuis longtemps résorbés, son n?ud autoroutier et ferroviaire et son parti communiste. La ville ne possède qu'une rue, baptisée Jacques Brel dans les années 80, sans plus de superlatifs.
Pendant ce temps-là, à Vesoul, (les cyclos-touristes vierzonnais et le Berry républicain s'y étaient rendus en 2006), la ville s'est entichée de son chanteur belge. « En donnant le nom d'un chef-lieu d'alors moins de vingt mille habitants à l'une des chansons de son avant-dernier disque (1968), Jacques Brel a assurément contribué plus que sa part au renom de la cité de la Motte, même si, allergiques à la géographie, les Français continuent souvent à situer Vesoul à la place de Toul ou de Vierzon. « T'a voulu voir Vierzon? » Bref, la France rurale profonde avant l'heure » avait écrit, le 10 octobre 1978, André Moissé, journaliste à l'Est Républicain de Vesoul. Mieux, « le grand Jacques, magistralement servi, il est vrai par Marcel Azzola, a paradoxalement créé avec cet incroyable pastiche de la valse-musette, l'archétype du genre, même aux oreilles de ceux qui détestent le flon-flon. C'est bien pour cela que « Vesoul » n'a jamais été accueilli à Vesoul, comme une raillerie ».
Une place, un collège, un festival annuel de chansons francophones, un mot sur son site Internet, tout différencie Vesoul de Vierzon dans la compréhension de l'impact de Brel sur ses deux villes. Point commun : Jacques Brel n'a chanté ni dans l'une, ni dans l'autre. Et les théories varient sur le choix des deux villes citées. Sans qu'aucune ne soit vraiment accréditée « En 1968, trente ans déjà, ce fut le mémorable « Vesoul » qui a failli s'appeler « Vierzon-Vesoul » et même « Azzola-Vesoul », ce que je n'ai pas accepté. On sait qu'il m'encouragea d'un « Chauffe Marcel ! » et cette apostrophe me poursuit encore affectueusement de la part du public » expliquait Marcel Azzola dans une interview au journal l'Humanité.
Et si la chanson s'était appelée « Vierzon-Vesoul », les choses auraient-elles vraiment changé ? Toutes les explications sont aujourd'hui vaines. Mais peu importe puisqu'elles forment le socle d'une légende qui contient Vierzon. Et ce ne peut pas être foncièrement mauvais."

Rémy Beurion
remy.beurion@centrefrance.com

La vidéo d'AnversE

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Brel et le tracteur Vierzon

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Pour suivre l'aventure du tracteur de Vierzon (le 302 de Daniel Donin de Rosière) sur la route d'AnversE, cliquez sur la photo.

T'as voulu voir Vierzon...


 

 

VierZoul

T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours

T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours
Et je te le dis
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéeon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
T'as plus aimé Paris
Et on a quité Paris
T'as plus aimé Dutronc
Et on a quitté Dutronc
Maintenant je confonds ta sœur
Et le mont Valérien
De ce que je sais d'Hortense
J'irai plus dans l'Cantal
Et tant pis pour Byzance
Puisque j'ai vu Pigalle
Et la gare Saint-Lazare
C'est cher et ça fait mal
Au hasard

Et je te le redis chauffe Marcel
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens kaï kaï
Le voyage est fini
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon

T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours

T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon... chauffe... chauffe
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours ... Chauffez les gars

Mais mais je te le reredis ... Kaï
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard

J'ai voulu voir

J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Enfin ! La ville s’endormait et j’en oublie le nom. Mais non. On n’oublie rien, on n’oublie rien du tout, on n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout. Ni ces départs, ni ces navires, ni ces voyages qui nous chavirent, de paysages en paysages et de visages en visages…

J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. De près. De l’intérieur. Pour mettre un contenu dans un nom propre, des arêtes et des toits autour d’une ville abstraite. Je suis arrivé mais pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi déjà et où aller, n’ai-je jamais rien fait d’autres qu’arriver par la nationale 20. La route de mes tournées avait parfois le goût des chemins de traverse. Je ne sais pas pourquoi la route qui me pousse vers la cité, a l’odeur froide des déroutes de peuplier en peuplier. 
       J’ai aperçu le panneau « Vierzon », avec ses lettres noires dans son rectangle blanc aux bords rouges. Et j’ai souri. Et j’ai pris conscience aussi des conséquences de ma chanson, de ce quelle a permis de Vierzonner Vierzon, vous savez, comme Bruxelles bruxellait. J’ai suivi la route jusqu’à user sa pente, dans le centre de cette ville. Je n’ai pas vu de cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne. En creusant ma balade dans la tendresse de l’été, j’ai eu cette surprise de caresser un canal. Pour une fois celui-ci ne s’était ni perdu, ni pendu. Il y a des évidences qu’une chanson éternise. 
        J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. J’ai quadrillé la ville pour remplir de ce qu’elle est dans ce que j’ai du, un instant, l’imaginer en la nommant. Je ne sais pas pourquoi ces rues s’ouvrent devant moi une à une, je ne sais pas pourquoi la ville m’ouvre ses remparts de faubourgs, pour me laisser glisser fragile, sous la pluie parmi mes amours. Et je me suis assis, quelque part que je ne sais pas nommer, sur une place vibrante d’air chaud où pas même ne paraît un chien. 
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Comme un parfait inconnu qui n’a aucun bagage à poser mais seulement des chansons que j’aurais pu chanter. Je suis passé devant le théâtre, dommage il était fermé. Mais il était trop tard, peut-être, aussi, pour chanter « Tas voulu voir Vierzon » comme une explication, à Vierzon.
       Allez, on m’attend quelque part comme on attend le roi. Mais on ne m’attend point. Je sais depuis déjà que l’on meurt de hasard en allongeant le pas. J’ai allongé le mien jusque dans les recoins où ma chanson a pu se glisser pour la remplir des souffles de cette ville que je ne connaissais pas. Car je peux bien le dire maintenant, je n’en connaissais rien. Ni ses airs de sous-préfecture fêtant la sous-préfète, ni ses histoires murmurées, ni ce succès… un peu ma faute ou grâce à moi ?
Allez, ce n’est pas que je n’aime plus Vierzon que je le quitte, j’ai de la route jusqu’à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs. Et je dois passer voir Hortense, et voir Byzance, et la gare Saint Lazare. Chauffe, chauffe, chauffe, Marcel.
 

 
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