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Jean-Marie Favière, Brélien de toute son âme et de tout son esprit, apporte sa contribution, après la publication de l'article "Jacques Brel, le premier VRP de Vierzon" dans le Berry Républicain du 30 janvier 2008 :


    

Non, Brel était plutôt homme à tailler une bavette - pardon : à refaire le monde - au buffet de la gare avec un quidam de rencontre, jusqu’à la fermeture, perdu dans ses pensées et dans les volutes d’une cigarette très politiquement incorrecte, comme dans le portrait de Gali qui illustre magnifiquement ton article. Non, au risque de décevoir notre époque friande de couvertures glacées, il faut rappeler que Brel n’était pas « people » pour un sou, et qu’il n’hésitait pas à faire rimer « snob » avec « zob » ! Très tôt, par exemple, il souriait de mépris devant mot le plus bête en circulation dans le milieu qui allait devenir le sien, le mot « vedette », lequel ne le cédait guère pour lui que devant le mot « star »). Il est donc urgent d’attendre des témoignages locaux, purement vierzonnais, en sachant qu’on aura du mal à faire le tri entre fantaisie et fiabilité.

     Tu parais rechercher, attendre encore, comme le Zangra de la chanson, une improbable accréditation. Une version accréditée ? Mais par qui ? Tu sais la valeur des témoignages, la nécessité, qui peut tout changer, de les replacer dans leur contexte. Je ne crois pas beaucoup à cette quête, même si elle me passionne, même si je refuse de me l’interdire, ne serait-ce que par un goût immodéré du document. J’ai plutôt cru à la quête de la personnalité profonde du créateur dans son œuvre. Et encore, on marche sur des œufs (autre expression très brélienne, quand il incitait à la retenue et à la prudence), on progresse à la marge, en étant parfaitement conscient que l’essentiel, sans doute, - et n’est-ce pas, au fond, préférable ainsi ? - reste caché à jamais. Le « plutôt » que je viens d’employer, comme celui de Montaigne -  tu sais : « et qu’on y requît tous les deux », mais « plutôt la tête bien faite que bien pleine » -, doit s’entendre ainsi : peu de chose sépare, une nuance, même si elle a sa raison d’être et son importance, une nuance qui ne méprise pas, au contraire, sa démarche complémentaire, sa démarche soeur. 
     Alors oui, en ce sens modeste, plutôt la démarche de Proust que celle de Sainte-Beuve. Je suis persuadé que nous devrions bien nous compléter. Encore que ton blog ne révèle pas, tant s’en faut, le seul journaliste officiel assoiffé de faits événementiels. D’une certaine façon, par une démarche introspective hardie et poétique, qui ressemble par bien des aspects à la démarche hardie et philosophique qui permet à Sartre de sonder intimement Flaubert, tu accèdes à toute la gamme des possibles en touchant les deux extrêmes à la fois. Il me prend l’envie de citer L’Idiot de la famille, quand Sartre parle des premières œuvres et de la correspondance de Flaubert : « On croirait entendre un névrosé parlant “ au hasard ” sur le divan du psychanalyste. [...] A présent, il faut commencer. Comment? Par quoi?        
     Cela importe peu: on entre dans un mort comme dans un moulin. L’essentiel, c’est de partir d’un problème. [...] Ce qu’il faut tenter de savoir, c’est l’origine de cette plaie “ toujours cachée ” et qui remonte en tout cas à sa première enfance. Cela ne sera pas, je crois, un mauvais départ. » Mais il est temps de te dire : A bientôt , en attendant de découvrir la totalité de ton moulin brélien, dont je sais par avance qu’il ressemblera beaucoup aux moulins de Don Quichotte, ce qui dans un tel contexte, ne peut être qu’un grand compliment. La visite du rez-de-chaussée étant déjà plus que prometteuse, je suis bien entendu de ceux qui attendent avec impatience d’accéder à la vue la plus large, celle que l’on contemple une fois parvenu à l’étage supérieur.

Jean-Marie Favière.

Je veux tout d’abord te féliciter et te remercier pour ta pleine page sur Brel. Et accessoirement, même si je n’ai pas envie de jouer le rôle peu enviable de briseur d’illusions, il me paraît honnête de te faire part de ma conviction profonde, à savoir qu’on ne se trouve pas, en ce qui concerne les jugements de Brel à l’égard de Vierzon, sur le terrain des faits, mais sur le terrain, plus humble sans doute, mais qui garde lui aussi son utilité, des simples probabilités. Quelle est donc la probabilité d’un Brel méprisant ?… N’entrons pas dans le détail en ces périodes de campagne électorale, mais l’idée d’un Brel méprisant une ville parce qu’elle est communiste ou de gauche ou simplement populaire a toute les chances d’être un contresens radical.

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