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Jeudi 9 octobre, à partir de 20 heures,

l’association CinéRencontres rend hommage à Jacques Brel pour le trentième anniversaire de sa mort et le quarantième anniversaire de la chanson Vesoul « T’as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon… » à travers une soirée spéciale au Ciné Lumière.

 

A partir de 20 heures, une exposition dans le hall montrera le travail de la peintre Gali (des portraits de Jacques Brel et des compositions), du photographe vierzonnais Yannick Pirot (des photos inspirées de l’univers de Jacques Brel). L’association philatélique de Vierzon présentera un remarquable travail avec cartes postales, timbres, flammes, documents sur Jacques Brel. Seront également visibles l’intégralité des affiches des films de Jacques Brel. Au cours de l’exposition, Christian Petit venu spécialement de Troyes, lira l’un de ses textes issu de son évocation audiovisuelle qui lui sert actuellement de spectacle pour les trente ans de la disparition de Jacques Brel.

 

En salle, la soirée débutera par un hommage théâtral suivi de la lecture d’un texte sur la relation (imaginaire) entre Jacques Brel et la ville de Vierzon.


François Carré, président de l’association Double-Coeur, ex-directeur technique de la Maison de la Culture de Bourges sera présent avec deux enregistrements originaux des deux concerts que donna Jacques Brel à la Maison de la Culture de Bourges en décembre 1963 (quelques mois après l’ouverture de la Maison de la Culture de Bourges) et en décembre 1966. Bourges faisait partie de sa longue tournée d’adieu. Quelques extraits de ces deux concerts, sonorisés et enregistrés par François Carré lui-même seront diffusés. François Carré évoquera également ses rencontres avec Jacques Brel.


Jean-Marie Favière, professeur de lettres à Edouard-Vaillant, spécialiste de Jacques Brel, donnera une conférence suivie de la diffusion d’un court-métrage de sa composition sur Vesoul.

Enfin Pierre Jacquet (chant et guitare) et  Joël Lamothe (accordéon) interpréteront des chansons de Brel pour clore la soirée.

 

Jeudi 9 octobre, à partir de 20 heures, au Ciné Lumière:  Tarifs : 7 euros; tarifs réduits (6, 5,50 euros) et 5 euros pour les adhérents de Ciné Rencontres.



Le spectacle du 9 octobre 2008
 









Cher Jacques,

Pour la première fois depuis quarante ans, Vierzon t'a rendu hommage, toi qui a porté cette ville, malgré toi, au plus haut sommet de la notoriété grâce à ta chanson Vesoul. Pour les trente ans de ta disparition et les quarante ans de ta chanson, Vierzon te devait ça.
     Alors, on l'a fait. Et ce n'est pas fini. Le jeudi 9 octobre, au Ciné Lumière de Vierzon, une exposition de portraits signés Gali, de photos signées Yannick Pirot, d'un formidable travail documentaire signé par l'association des philatélistes de Vierzon ont précédé un formidable spectacle de Pierre Jacquet et de Joël Lamothe chantant tes chansons.
     François Carré, ex-directeur technique et sonorisateur de la Maison de la Culture de Bourges a évoqué ton souvenir quand tu es venu chanter en décembre 1963 et en décembre 1966, à la Maison de la culture de Bourges. Maurice Blanchot aussi est venu parler de toi, il t'a connnu à tes débuts, en 1955. Tu t'en rappelles, il jouait du piano et t'a accompagné plusieurs fois.
     Enfin, Jean-Marie Favière qui te respire à chaque seconde, a parlé de toi au public.
     Le texte qui suit, là, c'est moi qui l'ai écrit et lu. Il est la compilation de plusieurs textes qui ont démarré ce blog. Et le meilleur hommage que je pouvais te rendre.
     Enfin, les photos qui suivent sont signée Elsa Charnay.

                                       **************

      Mais qu’est ce que tu leur as donc fait ? Qu’est ce que tu leur as écrit de si terrible ? Qu’est ce que tu leur as chanté de si horrible pour qu’ils t’en tiennent à ce point rigueur ? Pour qu’ils aient effacé de leur vocabulaire jusqu’au nom propre prononcé par ta bouche ? Pour que tu sois devenu, malgré la qualité de ce que tu représentes, un fantôme criblé de reproches étouffés mais toujours aussi vifs ? Pourquoi un tel anathème à l’heure où ta popularité bienfaitrice fait surnager, dans cette époque dévolue à la facilité et à la consommation de masse, une certaine idée de rareté, de don et de génie, d’implication et avant toute chose, de plaisir.

 

      Je suis né en même temps que ta chanson Vesoul. Ou du moins  presque. J’avais à peine trois mois lorsque tu l'as enregistrée pour ton album « J’arrive ».  J’étais en formation intensive échoué dans le hasard. Sexe encore inconnu de mes parents. Secoué comme un poisson rouge dans son bocal de mai 68. A l’abri dans le ventre d’une petite ville de province que tu as pris pour cible. Loin de la Sorbonne et des matraques fumigènes, j’ai du capter, dans la ouate amniotique qui me servait de pagne, le tumulte lointain de la grogne. Franchement, je n’en ai rien retenu. Du moins, en apparence. Qui sait ce que ma mère a pu me transmettre de cette époque- là par l’intermédiaire de ses connexions et de ses réseaux branchés en direct sur ma petite personne.

 

Je suis né en été, à la révolte mûre, quand les soleils de fronde avaient fini de brûler. Les pluies de pavé avaient cessé aussi comme l’interruption volontaire d’une saison de mousson. Dans l’air que je suppose moite de la chambre accouchée, je suis venu à la lumière, crier mes décibels dans un monde nouveau. Et toi, pendant ce temps-là, tu peaufinais ton art en vierzonnant Vesoul, en vesoulant Vierzon, en Anversant Honfleur, en honfleurisant Dutronc. C’est drôle, je n’ai jamais pensé à demander à ma mère, si quelque part, entre la radio omniprésente et les rares postes de télévision, elle avait entendu TA chanson et ce qu’elle en avait ressenti à son passage. Ce sont des choses qu’on oublie facilement de demander… Or, aujourd’hui, j’ai besoin de savoir si, lorsqu’elle me portait, un son même infinitésimal de toi a pénétré ses oreilles pour descendre par je ne sais quel miracle jusque dans les profondeurs molles de mon cerveau en formation...

 

Mais qu’est ce que tu leur as fait ? Qu’est ce que tu leur as écrit de si inconcevable à leurs oreilles pour qu’ils t’en tiennent à ce point rigueur ? Qu’est ce qui a bien pu conduire une ville entière à fuir l’inévitable ? Pfuit !!! Le mystère demeure quarante ans plus tard avec une rare violence d’ailleurs. Partout, les contours de cette ville devraient respirer TA chanson. Partout les reliefs sont des creux où tu t’y perds. Tu es absent d’ici. Rejeté de là. Ignoré des quatre points cardinaux.

Banni de l’enceinte de cet espace. Et avec une infinie curiosité, tu as pénétré ailleurs, dans les têtes, le nom de Vierzon comme aucun autre publicitaire, même surdoué, aurait pu imaginer le faire. C’est simple : dites Vierzon et voilà que l’interlocuteur interloqué se met à fredonner T’as voulu voir Vierzon… Avec un sourire malicieux qui en dit long sur la condition toujours ambiguë de TA chanson. J’y reviendrais évidemment. On revient toujours sur ses pas quand la sensation du vide domine, ne serait-ce même que très peu.


      
Quatre décennies plus tard, et à travers le tamis des générations, le nom de Vierzon sonne encore au son de Vesoul. Tu as posé un doigt sur nous. La comparaison s’arrêtera là ! J’ai voulu voir Vierzon et j’ai donc vu Vierzon. J’ai été conçu sur place. Je suis né sur la place chauffée au soleil. J’ai grandi à ma place au point que je ne l’ai plus quitté. J’ai appris à devenir vieux sans devenir adulte, sans presque bouger de place. Il y a des univers insolents qui, sans charme apparent, sans mer ni montagne, sans reliefs insolites, vous dictent malgré vous des choses très précises. Et vous cherchez sans cesse, dans ces brouillards épais, la trace indélébile qui vous mène à votre quête.   
 

Mais qu’est ce que tu leur as fait ? Qu’est ce que tu leur as chanté de si irréversible pour qu’ils t’en tiennent à ce point rigueur ? Qu’as-tu mentionné, de façon si maladroite, qui soit aujourd’hui encore interprété comme un crime sauvage ? Un crime de lèse-majesté. Finalement, je t’ai connu quand tu n’étais plus là. L’avantage de mon époque, c’est qu’elle permet l’éternité sous toutes ses formes sauf la plus palpable évidemment. Je sais peut-être plus de choses sur toi que toi tu ne sais de choses sur toi-même.

C’est l’avantage de la pluralité des technologies : elles ont une mémoire exponentielle qui intègre les oublis volontaires ou pas, les actes manqués, les versants négatifs, les coins inaccessibles et surtout, surtout, cette grande place de toi que tu as laissé chez tous les autres et dont tu n’as pas conscience. Pour un peu, ces technologies liraient dans ton cerveau éteint pour en extirper des vérités nouvelles destinées à coller à mon époque.

Ainsi, je pense souvent à toi, avec cette formule habituelle : s’il avait été là, qu’aurait-il dit ou fait ? Comment aurait-il chanté tel ou tel sujet ? Avec quels mots ? Quelles grimaces ? Quel dégoût ? Quelle joie ? Quelle sueur ? Vraiment, quel homme aurais-tu été si tu avais atteint la rive des années 2000 ? Jusqu’à moi. Jusqu’à ce que je cherche à te voir, à te rencontrer, à te parler.

Les mots pris individuellement n’ont en fait aucun talent. Ce qui les différencie de leur plat pays, c’est cette conjugaison parfois miraculeuse avec la magie du groupe. Encore aujourd’hui dans tes chansons sues par cœur, je surprends encore et souvent ce tutoiement facile que tu avais avec les mots, épluchés de leur sens, nus dans leurs serviettes entre leurs consonnes à petits pas et leurs voyelles sous le lustre à facettes, tous, soudain mâchés et recrachés, riches d’un pouvoir qu’ils ne se connaissaient pas.

Ainsi, ta silhouette brélienne, ton grand corps de soldat dans le champ de tes batailles, tes phrases magnifiques qui faisaient que lorsque tu parlais tu chantais encore, tout cela est à ma disposition quand je veux, où je veux, aussi longtemps que je le veux. Quand je te vois, en images, mimer ta chanson Vesoul avec un air légèrement précieux, j’imagine un instant l’effet de cet effet de style dans les cerveaux de province. Je souris.

     Tu n’étais pas Parisien, tu n’aimais pas beaucoup Paris. Mais la Belgique, vue de Vierzon, était aussi Paris, comme toutes ces grandes villes plus grosses que la nôtre. Plus loin que notre centre, que notre nombril. Tout ce qui était, c’est simple, au-delà de nos frontières géographiques, avaient des relents de parisianisme nauséabond, de pouvoir arrogant, d’atteinte au droit du travailleur, de valeurs désavouées. Bref, toi le Belge avait un arrière-parfum de Parigot venu, (Vierzon le soupçonne encore), se perdre dans l’entonnoir du centre-ville, un jour de départ en vacances, lorsque la nationale 20 et la nationale 76 s’épousaient dans l’enfer de bouchons mémorables.

Alors, ce grand gars chevalin dont l’accent s’est pendu et qui, un jour, s’est mis à chanter Vierzon, Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et j’en passe, forcément, c’est louche, c’est douteux, c’est mal. Surtout, que, tiens toi bien, tu as eu l’arrogance éclairée de mettre Vierzon en tête d’affiche. Car si c’est Vesoul que tu as choisi pour titre, excuse-moi, c’est quand même Vierzon que tu chantes en premier. Autre mystère épais dans ton épaisse belgitude. C’est à Vierzon que tu pensais. C’est Vesoul que tu as anobli. C’est Vierzon qui ouvre ta chanson. Et c’est cela que l’on retient.

 

Pourquoi, toi, le gaillard à grande bouche, as-tu osé avec un texte paradoxal, déranger Vierzon dans son confort politique, né du progrès social, baignant dans sa place Maurice Thorez, sa rue Karl-Marx et son square Lénine, ses textes de Jean Ferrat, son 1er mai divin, ses luttes des classes et ses ambassadeurs russes reçus comme des tsars, son foyer des travailleurs et son repas des vieux ?

Je vais te dire franchement, Vierzon a cru que tu te foutais de sa gueule. Au suivant ! Au suivant ! Au suivant ! Et dire que je n’avais pas l’âge de parler, d’agir et de comprendre. Dire qu’avec leurs faces d’enterrement, ils ont poussé, mille pieds sous terre, ta musique et tes paroles, dans un abîme sans fond. Dire que je n’étais pas de ton époque. Je m’en excuse. J’avais juste dix ans quand tu es mort. L’âge de rien pour te rendre service. L’âge de rien pour te connaître un peu. Si j’avais pu, je serais né vieux. A dix ans, je n’ai même pas eu conscience de ta mort, de cette immense disparition et de cette souffrance, laissée en héritage, à celles et ceux qui partageaient, en direct, la moindre de tes chansons.

 Sans t’avoir physiquement ressenti, tes images, tes textes, tes confidences, tout ce qui compose le terreau de ta personnalité est là, entre mes mains, comme si aujourd’hui était ton hier, du temps de ton vivant. Comme si tu ne pouvais plus m’échapper une seconde. Je ne suis pas un amoureux des héros, des icônes, des lumières sur le chemin, des divinités bégotiques qu’on encierge à coup de chapelet. Je crois juste à la savante proportion des autres en chacun de nous parce que nous ne sommes pas des gens compliqués, finalement, nous les êtres humains. Nous sommes surtout des êtres complémentaires. Tu te nourris d’un tel et je me nourris de toi. Ainsi de suite. Au suivant ! Au suivant ! Au suivant !

 
        Mais qu’est ce que tu leur as fait ? Qu’est ce que tu leur as dis pour qu’ils t’en tiennent à ce point rigueur ? Pour qu’une ville entière, au détriment de l’image que tu lui as offerte, te boude, t’ignore, te renvoie dans les cordes de l’indifférence ? Qu’est ce qui a fait, dans ta chanson, que Vierzon se soit autant sentie humiliée, mal chantée, mal servie ? Et qu’est ce qui fait que, quarante ans plus tard, l’horizon de tes mots soit toujours aussi brouillée dans l’esprit de cette ville ? Dire que tu es seul derrière, dire que je suis seul devant. Dire que Vesoul s’enorgueillit et dire que Vierzon s’en défend..

 

 

Malgré sa nombrilique position géographique, la ville avait pourtant tout à gagner. Ville ordinaire ? Peut-être pas… Puisque rien que son nom évoque déjà le tien. J’ose à peine imaginer ce qui se serait réellement passé si tu n’avais jamais cité Vierzon dans ta chanson. Si une autre ville avait raflé la mise. Si au lieu de dire non, au lieu de fermer ses oreilles et ses yeux, au lieu de se sentir atteinte dans sa dignité de ville moyenne, ouvrière et industrieuse, Vierzon avait ouvert ses bras, sa scène, ses places, ses portes de gloire et ses fenêtres de notoriété à cette notoriété toute neuve que tu lui offrais.

       Longtemps, cette ville a eu des murs trop hauts pour avoir l’horizon dégagé qui lui permettait de regarder ailleurs. Longtemps, cette cité a cru vivre sur son capital propre, mélange de fierté industrielle, de trésor ouvrier, d’idéal communiste, de luttes sans merci. Ici, ça trimait, ça bossait, ça gueulait, ça buvait, ça commémorait la grande sœur soviétique. Si tu avais été moscovite, si tu avais chanté Vierzon sans changer une parole à ta chanson, je suis sûr qu’elle serait un hymne, gravée quelque part dans la pierre dure d’un monument.
     Mais tu n’étais que belge. Tu n’étais qu’un fils de qui a mal tourné, tu n’étais qu’une silhouette dans les postes de télé. Je n’étais qu’un enfant inexistant avant et un enfant sans pouvoir magique après. J’étais juste un enfant, avec des oreilles adaptées pour un cerveau d’enfant. Sans doute, ai-je du entendre tes paroles et ta musique sans que ces souvenirs ne se fixent consciemment dans cette matière grise qui emplit ma tête. Sans doute est-ce à cet instant là qu’un germe a pris le parti de se développer en dehors de ma propre conscience pour fleurir un jour où je ne m’y attendais pas, sous une latitude propice à t’apprécier.

 

Vierzon s’est mise à bouder. Dix ans plus tard, quand tu es tombée de la vie avec les feuilles de l’automne, ton nom était une immense gloire. Et pour te rendre un peu hommage, toi le belge vierzonnais et vésulien, on t’a collé une rue dans une cité des années 80. Une rue enfouie dans un recoin de la ville pour dire que tu es là mais sans trop déranger. Certes, tu avais moins d’affect avec l’esprit ambiant que Thorez ou Marx mais, même au milieu des années 80, pendant que je grandissais doucement jusqu’à toi, une place, une avenue, une statue, une vraie rue, t’ont échappé tour à tour. Puis, tu sais ce que c’est après, il arrive une limite du temps où tu es trop vieux pour servir d’image et trop jeune pour prétendre devenir le ciment d’une notoriété inextinguible. Je ne crache pas sur cette petite rue, voisine d’une place nommé, place de la mémoire,mais plus j’y pense et plus je me persuade, même si mon quota de persuasion est atteint, qu’il reste dans cette cité vierzonnaise, assez de surface vierge pour t’accorder enfin la place que tu mérites. Ce sera l’objet d’une autre supplique…

      Il y a des 8 avril qu'on ne confond jamais. Parfois, le temps différencie l'ordre de l'exigence et le hasard de la contrainte. Vierzon n'a jamais vécu sans toi. C'est si étrange d'écrire ces mots en sachant qu'ils cernent une vérité que tu ignores encore. Bien sûr, certains diront que sans coïncidences, les symboles ont moins de pouvoir. Accordons leur cette hypothèse. Elle ne nous manquera pas. Sais tu que Vierzon, dans sa forme actuelle, est née un 8 avril ? En 1937, avec des guerres politiques teintées de querelles de territoire, quatre communes ont fusionné pour devenir Vierzon : Vierzon-Villages, Vierzon-Forges, Vierzon-Bourgneuf et Vierzon-Ville ont aboli leurs frontières administratives pour se coroller autour d'une même tige.

      Tu avais huit ans. Seulement huit ans. La ville est née dans ton enfance. Elle s'est pourtant flétrie de toutes ses divisions, incapable d'être unique, incapable d'être Une. Tu verras, bientôt, qu'en parcourant son échine, ce pays qui est le mien, a toujours du mal à se regrouper. Tu verras qu'en polissant sa surface, il y aura toujours des rugosités rebelles, des échardes plus dures que l'érosion du temps. Et par delà les simples limites invisibles, il y a celles, plus marquées, des esprits.

      Mais il n'y a pas d'âme sans contours explicites, capables de tordre et à la fois de retenir, la chair de toute diversité. Je te dis cela pour que tu vois, de tes yeux remplis de canal, de quête et de cathédrale, qu'une ville peut résister à l'uniformité. Elle peut se dresser contre le désir humain d'en faire une autre forme de ville appropriée. Et c'est chez elle que je promène mes pas. Chez elle que je t'ai invité pour que tu ressentes à quel point, la pointe de tes paroles, a laissé d'empreintes dans ce sol résistant.


 
       Depuis que tu as lancé, il y a quarante ans, cette phrase à la mer "T'as voulu voir Vierzon...", je porte en moi ma Vierzonnitude comme tu as porté, bien avant moi, ta Belgitude. Il faut parfois peu pour faire basculer un destin, une existence, une balance du temps, une façon d'amorcer sa descente avant de se poser. Cette Vierzonnitude n'est pas une plaie. J'imagine qu'ailleurs, sur des trottoirs moins étroits, quelques-uns de tes concitoyens, portent comme une plume, leur Vesoulitude. Je dis "tes concitoyens" car celles et ceux que tu as enchansonné dans ton titre ont cette particularité délicieuse qu'ils habitent un succès et demeurent dans tes paroles. 

 

 

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