A quand une place Jacques Brel...
à Vierzon.... ?
VierZoul
Vierzon (c'est le départ) ...Vesoul (c'est fait) ...Honfleur (c'est fait) ... Hambourg... AnversE (c'est fait)... Paris (c'est fait)... Dutronc... le mont Valérien... le Cantal... Byzance... Pigalle... la gare Saint-Lazare
à Vierzon.... ?
Pianiste de Brel, mari et complice de scène
de Juliette Gréco, Gérard Jouannest fait l’objet d’un ouvrage qui retrace son parcours en musique.
Gérard Jouannest, de Brel à Gréco, le livre d’Angéla Clouzet, qui sort ces jours-ci, met en lumière le parcours
de celui qui est, sans doute, un des plus grands compositeurs de la chanson française. Du plus loin qu’il se souvienne, Jouannest a toujours joué du piano. Issu d’une famille modeste – son père
était ouvrier, son grand-père facteur de piano – il fait des gammes, dès l’âge de huit ans, sur les conseils d’un professeur de musique de Vanves où il naquit en 1933. Pianiste de Jacques Brel,
complice de scène et mari de Juliette Gréco, Gérard Jouannest n’a pas son pareil pour mettre les mots en musique. Bruxelles, Madeleine, les Vieux, la Chanson des vieux amants, J’arrive, sont
parmi ses plus belles mélodies composées pour Jacques Brel.
Jouannest est un être d’une grande discrétion, qui a toujours
préféré laisser parler son clavier. D’où l’intérêt de cet ouvrage qui invite à parcourir sa vie en chansons de Brel à Gréco, en passant par la jeune génération d’artistes avec lesquels il aime
travailler, dont Miossec ou encore le slameur Abd al Malik avec lequel il entretient une relation musicale très forte. Une vie où les souvenirs se bousculent jusqu’à ces mots émouvants de Brel
adressés à Gérard en 1977 : « Cher Gérard (…) merci pour ton souci du “vieux”. Tu me fus précieux et souriant. Cela est trop rare que pour n’être pas salué bien bas. C’est à cause
d’hommes comme toi et de femmes comme Juliette, qu’il me semblerait mal élevé de mourir trop tôt. Je vous embrasse tous les deux. »
Gérard Jouannest, de Brel à Gréco, chez Albin Michel, 239 pages.
Article emprunté au quotidien l'Humanité
http://www.humanite.fr/2009-04-17_Cultures_Gerard-Une-vie-en-musique
T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours
T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours
Et je te le dis
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéeon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
T'as plus aimé Paris
Et on a quité Paris
T'as plus aimé Dutronc
Et on a quitté Dutronc
Maintenant je confonds ta sœur
Et le mont Valérien
De ce que je sais d'Hortense
J'irai plus dans l'Cantal
Et tant pis pour Byzance
Puisque j'ai vu Pigalle
Et la gare Saint-Lazare
C'est cher et ça fait mal
Au hasard
Et je te le redis chauffe Marcel
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens kaï kaï
Le voyage est fini
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours
T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon... chauffe... chauffe
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours ... Chauffez les gars
Mais mais je te le reredis ... Kaï
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Enfin ! La ville s’endormait et j’en oublie le nom. Mais non. On n’oublie rien, on n’oublie rien du tout, on n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout. Ni ces départs, ni ces navires, ni ces voyages qui nous chavirent, de paysages en paysages et de visages en visages…
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. De près. De
l’intérieur. Pour mettre un contenu dans un nom propre, des arêtes et des toits autour d’une ville abstraite. Je suis arrivé mais pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi déjà et où aller,
n’ai-je jamais rien fait d’autres qu’arriver par la nationale 20. La route de mes tournées avait parfois le goût des chemins de traverse. Je ne sais pas pourquoi la route qui me pousse vers la
cité, a l’odeur froide des déroutes de peuplier en peuplier.
J’ai aperçu le panneau « Vierzon », avec ses lettres noires dans son rectangle blanc aux bords rouges. Et j’ai souri. Et j’ai pris conscience aussi
des conséquences de ma chanson, de ce quelle a permis de Vierzonner Vierzon, vous savez, comme Bruxelles bruxellait. J’ai suivi la route jusqu’à user sa pente, dans le centre de cette ville. Je
n’ai pas vu de cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne. En creusant ma balade dans la tendresse de l’été, j’ai eu cette surprise de caresser un canal. Pour
une fois celui-ci ne s’était ni perdu, ni pendu. Il y a des évidences qu’une chanson éternise.
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. J’ai quadrillé la ville pour remplir de ce qu’elle est dans ce que j’ai du, un instant, l’imaginer
en la nommant. Je ne sais pas pourquoi ces rues s’ouvrent devant moi une à une, je ne sais pas pourquoi la ville m’ouvre ses remparts de faubourgs, pour me laisser glisser fragile, sous la pluie
parmi mes amours. Et je me suis assis, quelque part que je ne sais pas nommer, sur une place vibrante d’air chaud où pas même ne paraît un chien. J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Comme un parfait inconnu qui n’a aucun bagage à poser mais seulement des chansons que j’aurais
pu chanter. Je suis passé devant le théâtre, dommage il était fermé. Mais il était trop tard, peut-être, aussi, pour chanter « Tas voulu voir Vierzon » comme une explication, à Vierzon.
Allez, on m’attend quelque part comme on attend le roi. Mais on ne m’attend point. Je sais depuis déjà que l’on meurt de hasard en allongeant le pas. J’ai
allongé le mien jusque dans les recoins où ma chanson a pu se glisser pour la remplir des souffles de cette ville que je ne connaissais pas. Car je peux bien le dire maintenant, je n’en
connaissais rien. Ni ses airs de sous-préfecture fêtant la sous-préfète, ni ses histoires murmurées, ni ce succès… un peu ma faute ou grâce à moi ? Allez, ce n’est pas que je
n’aime plus Vierzon que je le quitte, j’ai de la route jusqu’à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs. Et je dois passer voir Hortense, et voir Byzance, et la gare Saint Lazare.
Chauffe, chauffe, chauffe, Marcel.
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