A quand une place Jacques Brel...

 

à Vierzon.... ?

 

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Cher Jacques,


     
     Je t'ai trouvé une maison à naître... Une deuxième fois. Un pied-à-terre pour fredonner la légitimité de ton appartenance à Vierzon. Je sais, cela peut paraître incroyable, (mais qui m'en voudra d'être utopiste ?), je viens de récrire une partie de ton état-civil. Je n'ai pas changé grand-chose pour te croire d'ici. Marc Robine (Le roman de Jacques Brel) l'écrit : le tout c'est de partir... Franchir le seuil et faire le premier pas. Rompre le cercle des habitudes et des amis, des traditions familiales, des paysages de l'enfance et de la sécurité, pour "aller voir". 
     C'est drôle, "aller voir"...  Une expression clef, dit-il qui revient en permanence dans tes propos. En effet, t'as voulu voir... J'ai donc décidé, d'une façon unilatérale mais heureusement sans aucune conséquence visible sur le reste de ta vie, de modifier, pour mon propre compte, le lieu de ta naissance. Ce n'est pas bien grave étant donné que tu es devenu universel et que, par cette faculté qui frise l'éternité, tu es de partout, d'ailleurs et de nulle part. Moi, comme tu peux le constater, je suis d'ici. D'ici Vierzon. Et s'il existe deux dates importantes qui encadrent l'être humain, la date de sa naissance et celle de sa mort, il y deux lieux primordiaux qui s'y ajoutent: celui de sa naissance et celui, accessoirement de sa mort.
     Ainsi, tu serais né ici. Ce qui te donne une extraordinaire raison de chanter Vierzon. Bien sûr, on peut m'objecter que la légitimité de ton premier cri reviendrait à Vesoul mais tu as d'autres histoires, paraît-il, avec cette ville et comme avec Vierzon, tu n'avais rien de particulier (du moins rien encore à ce jour que l'on ait pu découvrir), j'invite donc ta naissance à se dérouler ici. 
     Jacques Romain Georges Brel, est né le 8 avril 1929 à Vierzon, dans une maison bourgeoise, un peu ronde d'aspect, sise au 138 du Boulevard de la Liberté et non plus, comme ce fut le cas, la première fois, au 138 de l'avenue du Diamant dont la façade, aujourd'hui s'orne d'une plaque de marbre gris commémorant l'événement en vers de mirliton, (et je cite toujours Marc Robine)

Ici est né
JACQUES BREL
1929-1978
"Il a chanté le Plat Pays,
Les Vieux, la Tendresse, la Mort
Debout il a vécu ici
Et le poète vit encor."

     C'est un beau boulevard, celui de la Liberté, avec de vraies maisons bourgeoises qui s'endimanchent même la semaine. Tu serais né là... par accident. Loin de moi l'idée de t'arracher à ta belgitude. Juste le temps de naître, entre deux voyages ici, et te voilà reparti vers ta ville familiale, à Schaerbeek, tes parents sous le bras. Dans l'anonymat de l'instant, la maison du Boulevard de la Liberté aurait justement sommeillé de justesse. Et, à la faveur de ta chanson bienvenue, voilà que Vierzon se serait réveillée. Les souvenirs avec. Celles de cette anecdote : Jacques Brel est né ici ! Aurait-on pu le taire comme cette ville a tu cet héritage qui, je le clame haut et fort, nous fait aujourd'hui cruellement défaut ? Comment aurait-on pu justifier, cette fois-ci, être passé à côté de cet événement majeur que constitue ta naissance, à Vierzon ? Dans l'un de ces quatre Vierzon qui, huit ans jour pour jour, après ta naissance, s'unissaient pour n'en faire qu'un. 
     Voilà la raison majeure qui t'a fait chanter Vierzon. C'est parce que, forcément, tu y as vu le jour ! Bien sûr que c'est énorme mais pas plus énorme que la simple utilisation d'une alitération VierZON et VeSOUL suffit à créer une chanson, et qui plus est, l'un de tes plus importants succès ? 
     Avoue que Vierzon aurait de quoi s'enorgueillir même si la ville mériterait de croupir au fond d'une profonde indifférence pour avoir utilisé cette même profonde indifférence à ton égard. Certes, ta belgitude n'aurait pas eu à se plaindre de ta Vierzonnitude, même brève. Mais une fois né quelque part, on y est né pour toujours. Mort, c'est une autre affaire... Et je passerais tous les jours devant cette maison même si jamais (officiellement du moins), tu n'y es revenu, je serais un Vierzonnais fier (il paraît qu'ils ne sont pas nombreux les Vierzonnais fiers de leur ville...) d'abriter une brique de ton existence. 
     Bien sûr, je n'ai pas le pouvoir de te faire naître ici. Mais avoue, juste une seconde, ça aurait de la gueule non ! Cette grande maison du boulevard de la Liberté, avec une plaque, une énorme plaque, "ici est né Jacques Brel". Je comprendrais alors pourquoi t'as voulu voir Vierzon. Et si on me demande pourquoi tu as voulu voir Vesoul aussi ? Je répondrais que tu n'es pas né là-bas, à ce que je sache...



Cher Jacques,


Je rentrais chaque soir dans le détail des autres, pour apprendre ces riens lourds de n'importe quoi. Debout et alignés comme un peuple d'apôtres, ils me regardaient vivre à genoux sous leurs toits. Je n'ai pas demandé de la pluie pour mes soifs, ni du vent pour pousser le spectre de mes faims. J'existais d'un principe que la vie dédicace, je ne m'en éloignais que pour mordre leurs mains. Les miennes durcissaient parfois jusqu'à l'outrance, jusqu'à briser l'orgueil des soleils à venir. J'en connais qui, encore, paient le prix du silence, à n'avoir pas voulu prendre un train pour partir. 

Je voulais prendre un train que je n'ai jamais pris...

La nuit tombe sur le quai comme une arrivée proche. Je la sens car son poids recouvre mes épaules. Je me suis appuyé contre elle, mains dans les poches. Et j'attends, et j'attends que ses lèvres me frôle.
Chaque fois, elle descend, souriante et incertaine. Si jamais mes bras s'ouvrent, fondra-t-elle dedans ? Et si ce sont les siens alors qu'elle me tend, pourrais-je enfin m'y perdre pour y vider ma peine ?
Aurons-nous le désir plus fort que le courage ? Serons-nous, une fois, touchés par la folie ? J'aimerais qu'elle pose sa main sur mon visage comme j'aime sentir sa chaleur dans ma vie.
Je suis là, immobile, face aux rails silencieux. Un vent sans prétention me rappelle le monde car j'ai tout oublié à la seule seconde où j'ai su que j'allais revivre dans ses yeux.
Les quais sont habités par d'étranges inconnus dont les regards s'alignent sur un même horizon. Ce n'est pas encore l'heure, la pendule n'a pas vu que ses aiguilles lourdes portent tous mes frissons.
Je pense à cet instant bercé de fulgurance, caressé par la grâce de l'instantané. Je me prépare alors à cette seconde intense et que pour rien au monde je ne veux rater.
C'est ce fil si tendu entre nos deux regards sur le lequel se promène le désir de se prendre par le bout du désir qui ne rien entendre, qui tape comme un fou pour nous forcer à croire...
Oui, quand elle descendra, je porterais la trace de ces jours qui sans elle sont passés sans me voir. Mais je me moque bien de l'absence qui me froisse car aujourd'hui mes mains ont dix doigts pleins d'espoir.
Oui, quand elle descendras, elle aura ce sourire que je sais embrasé par toutes nos impatiences. Je sais qu'il suffira d'un unique soupir pour lui avouer combien peut compter sa présence.
S'il le faut, j'essayerais de garder mes distances et de serrer les dents pour que rien ne m'échappe. La seconde d'après, je casserai le silence pour la serrer très fort, pour ne pas qu'elle parte.
Je sais qu'elle aura derrière ses pensées, ces pensées inédites blotties toutes contre elle. Je sais, contre son ventre, je pourrais oublier ces heures imparfaites qui ne la portent pas.
Sans doute aurais-je encore, sur ce quai 3 sans fin, la sensation étrange d'être au bord de moi-même. Ce sentiment intense chaque fois qu'elle vient se pencher pour me dire, dans le dire quand même...
Je suis là. Immobile. Le regard sans contour. Le temps tarde à venir mais il tarde toujours. Autour de moi, je sens ces personnes d'ailleurs qui attendent aussi, peut-être, un jour meilleur.
Leurs visages n'ont pas la douceur désirée, trop rigides, trop fous, oui c'est sûr ils ignorent qu'à cet instant précis, tout au fond de leurs corps, l'alchimie de l'attente ne fait que les ronger.
Mais la tienne me touche, la tienne me cimente. Les secondes sont des ères qui n'en finissent plus. Comme un compte à reborus obsédé et têtu. Je jette, quand je la vois, toutes mes vies dissidentes.
Il ne reste, à ses yeux, juste que l'essentiel de ce que je dois vivre, ce que je dois savoir : une ligne sous mes pieds et ma tête dans le ciel. Le reste entre tes bras devient vite illusoire. 
Je me branche, en souriant, sur l'antenne de son être pour tenter de capter ses parfums de désir, pour tenter de voler à son futur sourire, la douce transparence du soleil aux fenêtres.
Ah, la voix vient trahir ta présence imminente : ... à destination de... bientôt entrer en gare... Je relève la tête et j'écrase l'attente comme un mégot dans le cendrier du hasard.
Oh oui, je vois le train qui bouscule la nuit. Je vois les gens bouger juste à côté de lui. Je ne sais pas vraiment par où tu vas descendre mais je sais que tu sais, je suis venu t'attendre.
Et voilà ton sourire au bout du marche pied. Et ton regard profond qui l'a accompagné. Mes deux bras restent lourds. Les deux tiens sont baissés. Tu effleures mes lèvres. Je viens de soupirer.

A présent, peu importe car me voilà entier.



Cher Jacques,


     Les trottoirs ont l'étroitesse de cette impossibilité chronique que nous avons à nous rejoindre physiquement, sur une parcelle de temps que je te laisse le soin de choisir : l'instant de ton engagement dans la chanson, l'instant de ton succès, la seconde de la décision de ton retrait, l'heure de ton retrait, la minute de tes multiples vies. 
     Choisis où tu veux m'emmener car moi je sais trop bien où je veux t'emmener. Lorsque je marche sur le plateau de cette ville, j'ai un étrange regret qui me monte aux lèvres : celui peut-être de l'anonymat, de cette sévère condition de l'anonymat qui me laisse peu de chance d'entrapercevoir la chance que je souhaiterais avoir pour dire, publiquement, et au plus grand nombre, ce que devient la chimie des éléments que tu as pu déposer en moi, depuis que l'on se connaît.

     Mais est-ce se connaître que de vivre séparé aussi cruellement ? Est-ce se connaître que d'engranger d'édulcorantes pages de livres en guise d'amitié sincère d'autant que, de ton côté, tu n'as rien à lire à mon sujet. Je marche en dominant les trottoirs étroits des arrière-rues de son succès. Je partage la rapidité des changements de temps dans mon plat pays pas si plat en effet. Je tente de reconnaître, au détour d'un quartier appris par coeur, la sourde ignorance de la première fois.
     Et je me transpose, rien qu'un peu, entre la feuille et l'encrier, entre ta fougue et tes entêtements. Je ne joue pas d'un instrument, seulement d'une époque dans laquelle il est facile mais si artificielle de maintenir en vie des gens qui n'existent plus par le seul biais de tout ce qui reste pour les animer. Je souffre d'une absence d'amitié véritable à ton égard, vois-tu, ce genre d'amitié dure et brillante, fragile et simple qui semble venir de si loin qu'on ne la voit pas arriver.

     Je n'ai, dans mon horizon abordable, ni port, ni aéroport, aucune de ces portes par lesquelles voyagent une chanson. Bien qu'aujourd'hui, face aux exigences de la vitesse, de la lumière, de l'image et du son, il n'y ait plus vraiment besoin de bouger pour faire le tour du monde. Il y a toutefois, au bord de tous mes matins vierzonnais, une frustration évidente de ne pouvoir insérer au creux de mes doutes et mes joies, la preuve irréfutable de ta matérialité.

     J'attends de hisser la grand'voile sur mon absence de cathédrale et je sens bien qu'en dépit des décennies où le fossé s'est creusé entre toi et cette ville, il existe une volonté réelle de rattraper non pas le temps perdu mais les fantômes par la manche.
     Je ne trouve plus de mots parfois pour exprimer la simplicité à travers laquelle il serait possible de revenir un peu en arrière et d'enclencher une nouvelle façon de voir ta chanson. Il n'y a pas de mariage impossible. Il y a juste un problème de points de vue. Et quand on cesse alors d'avoir des points de vue que l'on sait irrémédiablement incompatibes, tout devient facile, y compris de chanter. 

     Quand je ne marche pas, je cours. Et quand je ne cours pas, je respire profondément, toujours du passé vers le présent, puis du présent vers le futur, puis du présent vers le passé. Je sens, de plus en plus, frémir cette ville sous les caresses de tes mains blanches, de tes mains tendues comme des drapeaux, de tes mains pétries de tant de gestes. Je sais qu'il est facile de tout bouleverser, de tout remettre en cause.
     Je le sais bien, je suis né une année de grand bouleversement, de grande remise en cause jusqu'à ce que d'autres remises en cause viennent effacer les premières. Et ainsi de suite. Sauf que depuis quarante ans pour ta chanson, sauf que depuis trente ans en ce qui concerne ta mort, qui oserait prétendre qu'il ait pu t'effacer ? Qui oserait prétendre pouvoir ignorer, avec force, cette présence féroce de vie dans le moindre interstice de cette ville ?

     Parfois, j'ai juste envie de fredonner tes musiques comme des respirations qui viendraient gonfler les poumons de quelques évidences sans faille. Parfois, cette musique pourrait remplir les cases vides, les creux, dévaler les pentes, reprendre son souffle pour porter plus haut cette constante envie, non pas de t'imiter ou de te prolonger, mais cette envie indiscible de secouer les esprits, allumer les âmes, bouturer les feux de joie et chanter. Chanter à pleine bouche ces mots qui me traversent et qui donnent au sang des autres, cette couleur si particulière de la singularité. J'ai remarqué une chose : on n'écoute pas tes chansons. On les assimile. Et après, on peut grandir. S'entrelacer avec. Exister dedans. Depuis trop longtemps, Vierzon existe en dehors. Et il est grand temps de lui montrer cette porte que tu as ouverte. Et qu'elle n'a pas encore franchie.



Cher Jacques,

     Dans l'ordre, il y a d'abord le désir crevant de combler un vide. Puis de marcher dans des pas imaginaires. De s'accouder ensemble à un comptoir improbable. De croiser des vies dissonnantes. D'empiler les anachronismes de nos vies respectives. De s'octroyer un répit, au milieu de nos courses. De faire honneur à nos victoires sur l'absurdité et l'impossible. De faire le plein de tous ces manques de tendre. De faire la peau aux adverbes.

     Dans le désordre, il y a le regret flagrant de mes conditions, celles qui me permettent d'être un homme debout et de ces commodités quotidiennes qui me permettent d'être un homme tout court. Pourtant, derrière cette façade à peine perceptible, il y a ce regret vif et triste comme un dimanche à Orly avec ou sans Bécaud, d'être né sans le souci d'avoir eu le besoin de te connaître quand il était temps.

     Il y a des rencontres où la justesse du temps qui peut les mettre en réseau est à la fois trop courte et trop longue pour rendre possible un rêve.
     Dans le désordre encore, il y a tout ce silence de trop. Et tous ces bruits indiscrets. Toutes ces colonnes de choses qui quadrillent la vie sans participer à son relief. Et qui l'encadrent en chassant le futile au détriment du nécessaire. Il y a surtout ce roman invisible après lequel tu as couru, après lequel je cours. Près duquel je ralentis pour qu'il puisse me rattraper. Mais, sans cesse, dans les courbes qui font qu'une vie justement empêche d'être rectiligne, et donc forcément ennuyeuse, ce roman-là s'éloigne avant de revenir, tracer dans mes sillages, son envie d'être porté. Et d'être mis au jour.

     Tu sais trop le poids de l'inutile pour engager un vrai combat dans le saint des saints de l'écriture. Toi, ce roman, tu l'as sans cesse murmuré. Eclairé au bout de tes lèvres. Mais tu avais déjà, dans tes musiques et tes chansons, l'énorme avantage de singer l'originalité plus que l'originalité elle-même. Et puisque les mots, parfois, avaient tendance à se rigidifier dans leur définition, tu les prenais à témoin, pour les détourner. Bref, tu faisais du Brel. Et ce roman alors ?

     Le mien, je le sens bien, tourne et tourne et retourne.

     Dans le désordre, il y a ce sentiment factice de marcher à côté de quelque chose sans vraiment pouvoir distinguer les contours de ce qui nous observe. Certains appelent cela un rêve, et le propre du rêve c'est justement de ne pas être brutalisé en angles saillants et traits épais, c'est justement d'être vêtu de flou et regardé avec tendresse. Il y a également cette facilité avec laquelle ta voix porte, au-delà de la raison humaine, le poids d'une fulgurante joie triste. Certains ont la tristesse joyeuse, d'autres la joie triste.

     Sans se complaire dans la douleur infinie et la mélancolie collante, sans se souiller de larmes forcées et de plaies sans raison, il y a cette force intime des mots que le temps imprime sans cesse sur le devant du présent. C'est simple : tu n'es pas le passé mais à chaque fois, un pas vers ailleurs. Et les ailleurs ont l'avantage de ne pas se conjuguer.

     Dans l'ordre, il y a tous les assassins de la justesse, tous les criminels du doute, les meurtriers du médiocre. Partant de ce principe simple que ta science des mots prédomine sur la religion du hasard, je parie qu'il me reste encore à découvrir ce que tu as pu cacher dans toutes les ombres portées de tes phrases, de tes vers, de tes rimes. Et quand ça ne rime pas, c'est une complexe machinerie de plaisirs qui se se répercute.

     Dans l'ordre, je pose mes conditions qui seront d'une brève rareté : ce roman si pensé, du moins si prononcé; ce roman si désiré et que tu n'as pas expiré faute de temps, de courage ou de vie, si tu passes par-là, je veux dire, si tu passes par Vierzon en survolant l'éternité, largue-le.
Je le trouverais.
Je le reconnaîtrais.
Je saurais qu'il est le tien.
Juste en décrivant ce roman que je cherche et que tu m'as laissé, n'y-a-t-il pas matière, en tirant sur ce fil, à écrire ce roman d'outre-vie ?

Je suis sûr que tu es parti en laissant une porte ouverte ou une lumière allumée. Quelque part.



Au fait,



avez-vous lu le roman



que Jacques Brel



n'a jamais écrit

  ?


     Sans prétention, je peux répondre que je l'ai lu. Je soupçonne ne pas être le seul. Je prétends être le seul à l'affirmer, pour des raisons purement pratiques : pourriez-vous répondre à une question impossible ? J'ai dejà répondu à des questions qui n'existaient pas, à des questions sans questionnement, à des questions sans réponse, à des questions affirmatives, à des questions exclamatives.

      Alors, affirmer, du fond de ma ville de sept lettres dont le Z a du plaîre à Jacques Brel mais pas que ; affirmer avec l'aplomb du citadin anonyme et parfaitement ordinaire, ordinaire au point de n'entretenir avec Jacques Brel qu'une relation invisible basée sur l'universalité de son oeuvre, autant dire accessible au monde entier; donc affirmer sans plus de protocole que j'ai lu le roman que Jacques Brel n'a jamais écrit, pourrait tenir de l'affabulation la plus excentrique. Et pourtant.

       Pourtant, dans le sillage de ma ville de province pour laquelle Jacques Brel a trouvé une attirance, au moins phonétique, du moins mystérieuse, je suis en mesure non pas de raconter l'histoire d'un roman qui n'existe pas mais de raconter l'histoire d'un roman tellement désiré, rêvé, enfoui, abouti, qu'il en est devenu solide comme la plupart des autres romans et des autres innombrables romans d'auteurs connus, populaires, adulés, achetés.

        Il n'y a de honte ni à être un auteur populaire, ni à un être un auteur inconnu. La seule différence n'est pas le delta entre le talent de l'un et de l'autre mais le nombre de zéro sur le chèque des à-valoir et des droits d'auteur. Bien sûr, Jacques Brel n'a jamais touché un centime sur le roman qu'il n'a pas écrit puisqu'il ne l'a pas écrit.

       S'il y avait des droits de pensée, j'ose croire qu'il aurait touché quelque chose. Or, à la lumière de cette incohérence et à l'ombre de ce roman qui, moi aussi, me grignote sans vraiment se faire voir, je sais donc ce que je sais que de lire un roman qui n'est pas écrit. Certains, sur cette planète ont des dons insensés, des dons fantastiques, des dons qui servent à guérir, à panser, à offrir de la chance, à lire dans l'avenir, à changer le présent.

        Des dons qui sont comme les auteurs connus, utiles au plus grand nombre. Car l'écriture est un don bien sûr. Or, je me suis réveillé un matin, avec une crampe dans la main droite comme si j'avais écris toute la nuit sans m'arrêter, des pages et des pages dont j'ignore le contenu.

        C'était plus fort que moi : cette crampe me mangeait les doigts, la main et remontait jusque dans mon bras, ponctionnait mon épaule de l'énergie positive qui me restait. J'avais le souvenir plus que prégnant de cette douleur, la sensation d'avoir noirci du papier comme la suie sur des murs et, en revanche, recroquevillé au fond de mon esprit, je cherchais ce soulagement divin, au-delà de tous les soulagements humains, à savoir, le soupir qui suit l'extraction de l'écriture. Or, j'étais incapable  de soupirer d'aise ainsi puisque je n'avais rien écrit. 

        La douleur n'était qu'un espoir. Un rêve. Rien d'autre. Pourtant, j'avais ce roman en moi comme la pluie a l'humidité de sa condition même lorsqu'elle ne tombe pas. J'étais heureux finalement. Heureux d'être un écrivain qui avait les attributs de tous les autres écrivains, sauf que je n'écrivais pas en vrai. 

        Jusqu'à ce que je croise, au fond de la boutique d'un bouquiniste, ce fabuleux roman de Jacques Brel qu'il n'a jamais écrit. Je me souviens, avec cette gourmandise extra-lucide, avoir tourné les pages avec la précaution d'un archéologue devant la preuve matérielle d'une vie extra-terrestre avant les dinosaures. Mes mains tremblaient comme les feuilles d'un arbre dans le tango de l'automne. 

       Les chansons de Jacques Brel me revenaient aux lèvres pour accompagner ma lente descente vers l'invisible. Il y a deux époques dans l'existence pour se rendre compte que l'on vit vraiment : la première fois où l'on croit mourir et la seconde où l'on meurt vraiment. Entre les deux, il y a une sorte de cloisonnement moelleux dans lequel notre conscience prend part au monde extérieur sans s'en soucier vraiment.

        Là, je tenais entre mes mains de simili-écrivain, la preuve formelle que Jacques Brel avait écrit un roman qu'il n'a jamais écrit et que, par la grâce d'une coïncidence insurmontable, j'allais devenir le témoin d'une aventure formidable. Et que seul, je dis bien, seul, j'allais profiter. Car dans ce monde, finalement, ce qui compte, c'est la singularité des actes que l'on accomplit. J'ai commencé à ouvrir le livre, baigné d'une fièvre surréaliste et je l'ai refermé, comme pour me persuader d'avancer un peu plus loin. Plus loin jusqu'au comptoir, jusqu'à la caisse, jusqu'à me hisser dehors, dans l'ordre de l'extérieur, dans le rangement enfin atteint du monde.

       J'avais peut-être, moi-même touché le Saint-Graäl de ma condition d'être humain : lire le roman que Jacques Brel n'avait jamais écrit. Le respirer comme un oxygène nouveau, adapté aux nouveaux alvéoles de mes poumons. Le sentir comme un soleil inventé juste pour ma peau. Le toucher, le caresser, le parcourir de mes yeux fermés. Et, suprême satisfaction, lire la signature, lire les sept lettres de son prénom et les quatre lettres de son nom. Lire et penser qu'à un instant antérieur, il avait lui-même pensé et lu ce qu'il venait de poser sur le papier comme une fleur de toutes saisons. D'un seul coup, c'était cela, oui, une fleur de toutes saisons.

        Et c'est à partir de là, que j'ai compris, que tout pouvait arriver. Que j'ai pris une vraie plume et du vrai papier. Et que cette fiction de crampe ne s'est jamais révélé être une vérité du présent. J'ai écrit. Comme jamais je n'avais réalisé pouvoir le faire. Avec, près de moi, je veux dire à distance proche pour que je puisse l'effleurer à tout moment, ce merveilleux roman que Jacques Brel n'a jamais écrit. Et que, je pourrais vous prêter. Peut-être. Parce que l'incertitude a sa beauté. L'incertitude du doute, encore plus. La page 78 est écornée. Je n'en comprends pas le signe. Mais l'hypothèse du contenu est un milliard de fois plus légitime que l'hypothèse de son existence. Quel romancier ce Jacques Brel !



Cher Jacques,



Juste un mot



dans la course insensible du temps,




Tu aurais eu 79 ans aujourd'hui.



Tant de lumières à souffler. Qui n'auraient pu égaler, c'est
sûr, les autres lumières qui sont nées chez celle et ceux

que tu as touché.


Et que tu touches encore.


(Pour la petite histoire, Vierzon est née de quatre communes distinctes, Vierzon-Ville, Vierzon-Villages, Vierzon-Forges et Vierzon-Bourgneuf. Le 8 avril 1937, les quatre communes se sont unies pour devenir Vierzon. Tu avais huit ans jour pour jour).



Cher Jacques,

     Quelque chose d'étrange semble forcer le destin : une intuition enfouie, une règle sans exception, une façon de se pencher sur le trottoir pour appréhender le sol, la voûte légèrement céleste d'une présence devinée. A force de marcher vers l'idée qu'on peut avoir de soi et celle, particulière, qu'on peut avoir des autres, on arrive forcément au terme de sa logique.
     Disons que j'avance en restant persuadé que dans les lieux de cette ville où je déploie mes gestes et je délie ma parole, une foule de mots s'agglomèrent et que je n'entends pas, et que je ne vois pas et qui tous t'appartiennent.
     On ne cite pas impunément un nom de ville, un prénom ou la phrase d'un texte sans l'intime conviction, même inconsciente, que s'y glisse la volonté d'effectuer un voyage inédit. Pour le seul prix d'un aller sans retour. Je sais, mais pas mieux que quiconque, que les pensées ont cet énorme avantage sur le reste : ils oscillent, sans avoir le besoin d'exister réellement.
     Les ondes partagent cet avantage avec les pensées, elles se propagent à une vitesse inouïe jusqu'à faire oublier le sens de la vie, le sens de la mort, le sens du temps. Ainsi, mes pensées réclament la nourriture des appétits qu'elles déclenchent. Et voilà que plus j'y pense, et plus je vacille face à l'inélégance de cette incertitude : as-tu, oui ou non, un rapport intime, particulier, même lointain; une liaison invisible entre le mot que tu prononces et ce qu'il représente ?
     De tous les prénoms que tu as cité, je sais qu'il se cachait quelqu'un derrière dont l'anonymat n'était pas forcément une volonté de ta part. Je sais que derrière les titres, les phrases, les couplets, les situations que tu transportais avec facilité sur le dos de tes chansons, il y avait des sens aigus, des sens interdits et des sens cachés, tout ce que tu souhaitais dire sans le montrer, tout ce que tu voulais porter à la lumière tout en gardant cette part d'ombre qu'on peut appeler pudeur ou intimité.
     Mais les écrivains sont impudiques. Ils feignent toujours de raconter des fictions pour mieux couler dans le moule de leurs histoires, leur propre part de vérité acquise.
     Alors, en citant Vierzon, en zozotant cette dernière syllabe comme une exquise friandise phonétique, as-tu laisser le hasard guider le sens de ta chanson ou as-tu laissé ta chanson faire confiance au hasard ? Il faut que tu me soustrais ce mystère, je ne sais pas de quelle façon, mais j'ai un besoin évident de savoir, non pas pour savoir absolument, mais pour connaître tes intentions. Je me repasse en boucle le versant obsédant de cet accordéon, et l'autre versant plus doux de ta voix débitant tes propos.
     Et j'en arrive à me dire (tu vois le mustime...) qu'une énigme particulière s'est glissée dans tes mots. On croirait de l'archéologie chansonnière avec un pinceau léger pour ne pas froisser les fossiles de mots enfouis sous la terre. Plutôt à fleur de terre, là depuis toujours mais oublié. Je suis fou, peut-être, mais si doucement. Que j'aime finalement prendre plaisir à glisser vers cette pente ni brute, ni douce, ni vraiment pente. Seulement, un chemin sans ombre pour garder le soleil au chaud. Je peux maintenant tout entendre. Tout croire. Tout forcer.
     Je peux maintenant exiger, sans l'obtenir, je le sais, ma part de vérité à ton propos. Si tu n'avais jamais chanté Vierzon, jamais prononcé son nom, où serions-nous à présent ? Ou serais-je vraiment ? Aurais-je eu le courage plus fort que l'envie de m'associer à la profondeur, devenue obsédante, de tes mots ? Est-ce qu'on peut aimer au-delà du simple fait d'aimer, je veux dire constituer pour soi un sentiment particulier qui est pour l'autre, inversement anodin ? Est-ce que ce que je peux éprouver pour certains de tes couplets est capable d'infléchir un destin ? Le mien en l'occurence car le tien a fondu un matin, très tôt, dans la pagaille de la vie.
      Certaines fois, j'éprouve un silence hors du commun. D'autres fois, je suis dans l'attente d'un bruit immense. Et entre les deux, je vis. Parce que la vie, parce que ma vie, c'est que j'ai trouvé de mieux pour te prolonger.



Cher Jacques,

De Vierzon,
Vesoul à 430 kilomètres,
Paris à 210 kilomètres,
Hambourg à 1115 kilomètres,
Anvers à 568 kilomètres,
Le Mont Valérien à 209 kilomètres,
la Gare Saint Lazare à 213 kilomètres....
Et ma maison à un vol de Brel de la tienne,
Et mon existence à un jet de Brel de la tienne,
Et cette chanson fétiche, cette chanson obsédante, cette chanson sans partage, cette chanson gavée de mystères, cette chanson que je mâche et je remâche comme une certitude dont je connais le goût, cette chanson sans relâche qui tourne en boucle depuis quarante ans sans se fatiguer, sans me fatiguer, cette chanson au mot près...

De Vierzon
Vesoul à 430 kilomètres,
Paris à 210 kilomètres,
Hambourg à 1115 kilomètres,
Anvers à 568 kilomètres,
Et mon voyage à un vol de Brel du tien,
Et mes bagages à une valise de Brel des tiennes,
Et ces algorythmes de tourments qui tournent en boucles, ces calculs sans précédent, ces projections sans base, cette géométrie du doute qu'un triangle isocèle ose enfin réveiller, cette mathématique bleue comme dit Ferré, cet argument sans racine, cette façon délibérée de constater l'impensable, et mon ignorance à une absence de Brel de la tienne.
Franchement, ai-je assez vécu ou trop existé pour dominer l'idée que tu peux apparaître à tout moment comme l'insolvabilité de l'air trompe à ce point la transparence qui me porte. Jamais, tu m'entends, jamais je ne donnerais raison à ceux qui portent en eux la légèreté de tes choix ou pire, le hasard.

De Vierzon,
Vesoul à 430 kilomètres,
Paris à 210 kilomètres,
Hambourg à 1115 kilomètres,
Et ces distances à un décalage de Brel des tiennes, ces distances qu'il me reste à parcourir pour me donner l'illusion que je ne suis jamais loin de toi. Un jour, sans aucun doute mais un jour, de grand soleil, j'aurais réuni suffisamment de preuves pour affirmer, que je sais la raison précise de ton choix.

De Vierzon,
Vesoul à 430 kilomètres.
Et de nous deux, quelle distance ? Le temps, évidemment. Infranchissable. Jusqu'à maintenant du moins.

Cher Jacques,

De Vierzon,
Vesoul à 430 kilomètres,
Honfleur à 362 kilomètres,
Et quelle est la distance entre le chemin le plus court pour pouvoir te rejoindre et l'hésitation la plus profonde pour ne rien changer ? Est-ce que ta main a hésité, dans l'absolue nécessité d'écrire, cette suite de lieux sans liens apparents, écrire cette géographique anarchique entre le centre de la France et le reste du monde ? Car il faut se rendre à l'évidence : c'est à partir d'ici que tout commence. A partir d'ici que la pointe du compas se plante et dessine un cercle de plus en plus vaste pour envahir tes désirs de lieux.

De Vierzon,
Ma porte près de ta porte, dans le roulis nuiteux du temps, entre l'éphèmère décision d'ouvrir, ce soir-là, les fenêtres de ma liberté et l'amère réalité de ne rien transgresser qui puisse être déraisonnable. C'est cela écrire : fixer d'un bout à l'autre de ses impossibilités, la possibilité du rêve éveillé qui donnne le pouvoir de tout traverser. C'est cela écrire : parvenir à ne rien décider pour conserver cette immobilité organique qui tiient lieu de tripes, de pensées brûlantes, d'extravagances de toutes sortes. C'est cela écrire : envoyer des mots pour qu'ils reviennent changés, bouleversés, charnels. Rien ne tient plus de place qu'un mot non-dit. UN mot soulagé peut-être, du poids de sa définition et de son auréole d'interprétation.

De Vierzon,
Mes mots près de tes mots, pour m'assurer l'appétit infini que me procurerait leurs absences. As-tu déjà, décidé, toi, au bord de la nuit, d'accrocher à tes désirs de marcher, disons dans une ville indéfinie, celui d'aller frapper à une porte. Ou mieux, te glisser en dessous comme si tu étais liquide, comme si tu étais peau uniquement, comme si tu étais parvenu à cette quête absolue de résoudre l'énigme de tes propres envies ? Comme ça, je te pose la question, en imaginant que la réponse me convienne. Tu vois, tu t'apprêtes à dormir dans un habituel sommeil et d'un coup, une lumière induite, étrangère au soleil ordinaire du jour, se met à se lever précipitant ta condition de dormeur potentiel dans un tourment exquis. Car, oui, le tourment peut être exquis.
Finalement, entre le choix de régner sur ta liberté ou celui de la corrompre pour de multiples raisons, tu décides de renoncer à traverser la nuit pour écarter un voile derrière lequel, sans doute, ta condition d'homme aurait changé l'aspect même de ton état d'homme. Et de rage, de rage d'avoir manqué de courage, d'avoir aussi manqué de solitude, tu décides d'écrire. Pour conjurer cette peine étrange qui te maintient debout malgré l'heure avancée du sommeil en retard. Et tu écris, appuyé à la rambarde de tes mélodies. Tu écris, "T'as voulu voir.... et on a vu...."  J'ai voulu voir... et je n'ai rien vu....

De Vierzon,
quelques kilomètres de mots plus tard, je sens que d'autres désirs fulgurants vont traverser mes désirs de mots. Et que l'envie irrévocable de les mimer va se lever. Parfois, j'aimerais savoir chanter, chanter pour dire tout haut ce que mes mots exhultent tout bas. Encore un effort, et je vais, en inspirant profondément, faire ce que j'ai envie de faire.



Cher Jacques,

      J'ai vu Jef, cet après-midi. Au coin de sa tristesse tranquille. Avec une onde particulière au bout des doigts, comme une avance sur trésorerie, en somme. Tu le sais, les bons comptes font les bons amis, et les bonnes tragédies font de sacrées chansons. C'est étrange comme il peut ressembler à quelqu'un que j'aimerais connaître. Le genre de type avec plein de gris dans le regard, plein de gris dans la joie et plein de gris dans le mot, quel qu'il soit. Sacré Jef. Je me suis arrêté, sur le chemin tracé de mon indépendance, juste le temps de lui parler sauf que parler, ça prend du temps, surtout quand on n'a rien à dire.
       C'est toujours difficile de n'avoir rien à dire donc forcément, il faut se forcer à trancher dans le vif des sujets qu'on n'aborderait jamais si l'on avait quelque chose de précis à se dire. C'est un détail qui a son importance. Je me suis arrêté pour lui parler des cercles inévitables que font les mains invisibles, au-dessus de sa tête. Comme des tourments transparents. Il ne pleurait plus, Jef, c'est déjà ça.
     C'est déjà un bon résultat. Sur le pavé, il jouait à transpercer les heures avec son ennui. Ce n'est pas facile. Mais il y arrivait bien. Et j'admirais sa technique. C'est étonnant comme on peut être inventif lorsqu'on s'ennuie. C'est pour cette raison que j'ai stoppé ma course, pour retrouver un peu de ce temps perdu qui devait traîner quelque part entre mes poches d'hier et celles de demain. Histoire de poser des bases nouvelles dans ma vie. J'ai vu Jef, je me suis dis tiens, "Jef !". Je lui ai souri. Comme si je lui faisais crédit. Sauf que je ne demandais aucun intérêt. J'ai l'habitude de fréquenter trop de gens intéressés. Forcément, ça compte dans le déroulé de mon histoire.
      Est-ce qu'il faut être heureux sans amis ou malheureux avec des amis ? Est-ce qu'il faut être heureux dans le vide ou malheureux dans le plein ? Heureux à lire ou malheureux à écrire ? Heureux sans toi ou malheureux avec toi ? Jef le sait, lui, qu'il faut mieux être malheureux parfois... Je ne le dis pas trop fort car on pourrait me prendre pour un demeuré. Déjà que te parler, comme ça, à travers l'inexistence d'une feuille de papier et d'un crayon, juste en jetant des mots et des phrases dans l'appétit de lecteurs hypothétiques.
     Je préfère être malheureux avec des lecteurs qu'heureux sans eux. Tu t'imaginais heureux sans chanter ? Donc Jef m'a demandé une cigarette mais je ne fume pas, tu le sais bien. Je suis allé lui acheter un paquet quand même avec un briquet. Il était content. moi aussi. Je lui ai demandé de ses nouvelles; Il allait bien. Des tiennes, il a pleuré. Avec de vraies larmes à éteindre son briquet. A mouiller son tabac. A déloger les rats. A faire taire le soleil. J'ai d'autres images mais je ne les écrirais pas. Par paresse peut-être. Donc Jef. Il a fumé un demi-paquet devant moi, sans s'arrêter. Les unes après les autres. Il les levait au ciel en disant : "à toi". Et la fumée faisait des ravages dans l'air sans toi. Elle piquait les yeux. Elle faisait tousser. Mais bizaremment, pas Jef. Il était le seul à ne pas tousser.
    Deux heures plus tard, je l'ai quitté. Pour reprendre ma vie d'avant. D'avant mon stationnement près de Jef. Je me suis retourné un instant. Il n'y avait personne sur le bord de mon arrêt. Quelques mégots c'est tout. Et une fumée douce qui enveloppait le début du soir comme une dent de lait dans un mouchoir. J'ai eu comme une douleur violente au ventre, je dis comme une, parce que ce n'était pas une douleur véritable. J'avais une envie précise de fumer. Et de chanter. J'ai fredonné "Non, Jef t'es pas tout seul mais arrête de pleurer comme ça devant tout le monde..." Allez, viens Jef, viens, viens... Et je me suis retrouvé tout seul. Mais vraiment seul, sans une silhouette à l'horizon, sans une présence sur le trottoir. Personne. Le vide total. Et abrutissant. Un vide peuplé de lecteurs. mais j'étais heureux, tu vois. Heureux. Comme lorsque je t'entends chanter. Non, Jacques t'es pas tout seul mais arrêté tes grimaces....


Cher Jacques,


Faut-il que l'on soit deux, faut-il que l'on soit mille
A fouiller les sillons de ce mystère épais
Que j'étreins sans relâche, à m'en sècher la bile,
Pour transformer le doute en redoutables faits.

Je m'entends, râbacher, de jour comme de nuit,
Comme si, quelque part, ma vie put en dépendre,
La parole est gravée, la musique s'enfuit,
Je marche à grandes eaux, je cours à pierre fendre,

Existe-t-il un lieu pour répondre aux questions ?
Une surface unique où poser ses principes ?
Un cercle universel pour les résolutions
Des problèmes que science et foi prennent en grippe ?

Parfois, dans l'absolu, je guéris mes souffrances
En soufflant, sans forcer, sur le feu de tes strophes,
L'étrange à l'indicible se mêlent au silence :
La mort est de la vie un pays limitrophe.

J'écoute avec ardeur ta voix couper en tranches
Cette masse uniforme où le mot se grandit,
Lorsque, parti de rien, tu vois dans le dimanche,
Les ailes du départ revenir à Orly.

Ta voix pose le temps sur son socle impossible,
Peut-on faire tenir les équations du rien,
Ces constructions fragiles, en plus d'être invisibles
Précipitent nos corps exténués de leurs liens.

Voilà, je viens enfin d'exprimer ma douceur
Et le tragique espoir de compendre comment
Tu as pu, dans un trait, faire battre le coeur
De Vierzon dans Vesoul aussi passionnément. 

Cher Jacques,


J'entends venir les mots, mercenaires de textes,
Ex-commandos de prose ou paras repentis,
Dont les fusils encrés font plier sous l'index
Des chapitres entiers dans leur démocratie,

Ils arrivent à pied, dans un désordre sourd
Et la rime vrillée à leur ventre sans fond,
Les voilà qu'ils libèrent leurs syllabes qui courent,
Faisant croire qu'elles arrivent alors qu'elles s'en vont.

Il est temps d'opérer un reflux littéraire
Et de tourner le dos à l'organe officiel
Pour fuir la dictature de l'épais dictionnaire
Qui décide un peu trop des limites du ciel.

Je sens que mes doigts tremblent, la pression de la foule
Devient d'une évidence extrême et prestigieuse,
Chaque mot se durcit sous les lettres qui roulent
La révolte est à moi et la rue est joyeuse.

J'entends, parmi les cris, d'ivresse et de colère
D'autres cris de silence où s'éteignent les peurs,
Déjà, montent du sol, des tourbillons dans l'air
Les phrases ont cette intelligence supérieure.

Partout, le soleil fond, sans distinction profonde,
J'ai faim de m'engager, j'ai soif de me relire,
Tous les mots de la nuit que banissaient ce monde
Se rangent uniquement pour me faire plaisir.

Ils ont le pas léger des êtres de confiance
Ce qu'il faut de lumière accrochée à leur vie,
Et plus ils sont nombreux à peser ma présence
Plus je deviens leur âme, plus je me multiplie.

Ceux qui n'ont pu fixer leur envie d'être là
Repartent vers ailleurs, sans la moindre colère.
Je les entends combler le vide avec leurs pas
Soucieux d'être toujours plus vaporeux que l'air.

Certains ont reconnu être passés chez toi,
Avoir trouvé refuge au creux des évidences.
Et d'autres sont partis car chassé par le froid
Ce froid qui définit trop crûment les absences. 


Cher Jacques,


Ce soir, plus que jamais, plus que tout, plus que toi,
Plus que tout autre encor, plus que jamais, peut-être,
Plus que n'importe qui, plus que l'onde des voix
Plus que le cri primal que je peux me permettre,

Plus que nos alphabets, plus que nos décisions,
Plus que l'argent perdu, plus que nos déceptions,
Plus que la vie grattée au verso d'un ticket
Plus que le sol trop dur sur lequel j'ai glissé,

Je remets, sur la table, une carte à l'envers
Et je joue, yeux fermés, comme un coup de poker,
Le bien contre le mal, le mot contre la rime,
La descente aux enfers, et brelan de déprime.

Je cherche la sortie, une porte capable
D'étourdir un instant mes compagnons de table,
Mes compagnons de jeu, mes compagnons de vie,
Mes compagnons de mort. C'est pour ça, je t'écris.

Du haut de mon angoisse à dérouler les heures,
J'ai séché mon sommeil pour larguer mes paupières,
Pour espèrer qu'enfin elles tombent en poussière
Inutiles volets, inutiles recours.

C'est l'instant primordial, car j'ai payé pour voir
Ce qui se cachait là, au coeur du jeu des autres.
Une vie sans dormir pour essayer de croire
Qu'ils tiennent dans mes mains leurs innombrables fautes.

Ce soir, plus que jamais, plus que tout, plus qu'étrange
Je sens cette indiscible et froissable rumeur,
Monter du sol trahi qu'une pelle mélange
A grand coup de pendule dans le ventre des heures.

C'est là que se termine, une part de moi-même,
Dans ce que la raison a fait de consistant :
La terre a le goût rance des propos que l'on sème
Dont les racines dures me percent en poussant.

Voilà pourquoi ce soir, je tenais à te dire
Par-dessus le possible, au-delà du comment,
Que j'ai sur mes parois, la pression d'un sourire,
Même mort, comme moi, j'ai reconnu Fernand....


Cher Jacques,


     Il est encore très tôt. la nuit est toute badigeonnée de sa propre noirceur et d'une pénurie cruelle de bruit tendant à isoler la moindre perle de silence sur le collier de mon sommeil. Il est encore très tôt et dans les esprits hâchés par la hantise du réveil, du lever, du mouvement forcé et décisif à ranimer une journée entière, il y a le sombre espoir de ne pas se réveiller.

     C'est facile mais quand on ne dort pas ? 

     Quand l'anxiété de ce reveil s'agite en pure conscience sur le rideau de nos yeux ouverts ? Les deux mains allongées sous ma tête et les coudes flottant dans l'air sec de ma chambre, je tente une distortion du temps qui ne me rapporte rien. D'habitude, je me projette dans le futur proche, histoire d'envisager ce que seront les heures à venir si jamais elles viennent. Là, c'est impossible. je suis tari comme une rivière soumise aux intraitables déboires du changement climatique.

     Le point commun, entre la rivière et moi, c'est bien sûr ce lit de cailloux et de limons craquelés sur lequel j'ai posé mon tendre corps d'homme dans l'attente, salutaire, d'une parenthèse inconsciente. Le sommeil est à bien des égards, la plus profonde invention humaine, après la nuit car le sommeil s'accomode de tout.

     Question d'habitude. 

     Or, dans la plénitude du repos, je masque mon angoisse à ne pas trouver ce fameux sommeil réparateur, sous prétexte qu'il ne m'est pas permis d'agir directement sur lui. Mes yeux ouverts percent le vide noir et je me rétracte, comme une vague dans le roulis de son habitude. Si le sommeil ne vient pas, puis-je aller à sa rencontre ? J'en doute.

     D'autant plus que, depuis maintenant plus d'une heure, ma tête est farcie d'une encombrante mélodie et de paroles, qui comme une pluie violente de grêles, font un bruit d'enfer en tombant. J'en suis réduis à me laisser faire pour voir jusqu'où ira cette catastrophe naturelle. La mélodie s'accroche aux parois douteuses de ma tête et les mots se rangent dans un ordre convenu : sujet, verbe, complément. Le sens s'adapte de la définition des mots et plus les minutes s'envasent dans la certitude de l'éveil, et plus je me tapis au fond de ma résolution : je ne dormirais pas aujourd'hui, du moins pas maintenant.

     C'est trop tard. Je dois laisser mes pensées mousser et bouillir et déborder de cette casserole qui me sert de cerveau, base de l'esprit, de l'âme, du souffle, de la vie. J'en arrive à me dire que la conscience est un état de dépendance grave parce que plus la mélodie tambourine et plus les mots gravitent comme des particules essentielles, plus mon corps se raidit dans cette mélasse nuiteuse où je suis. La traversée est difficile entre le soir et le matin.

     Il est encore très tôt et l'apparente combinaison de mes réflexes premiers me conseille gentiment de renoncer aux vertus horizontales et de m'adonner au graphisme de l'alphabet déluré. Je crois avoir saisi le message : me lever, m'habiller temporairement, m'assoir à une table, prolonger ma main d'un appendice à encre, y glisser du papier et me laisser faire.

     J'ai la fainéantise du stylo. Je choisi l'écran universel de l'ordinateur tout-puissant. Les touches ont une sensualité particulière qui ne dénature absolument pas l'envie que je peux avoir de la femme à côté de laquelle, il y a une poignée de secondes, je tentais de griser ma vie dans le sommeil. La mélodie a redoublé d'intelligence et les mots ont atteint le statut de phrases. L'affaire s'annonce promptement menée.

     Dans une heure, au plus tard, je serais à nouveau couché, excité terriblement à l'envie de toucher, plus tard, ce que je viens d'écrire comme étant une vertu fabuleuse du pouvoir d'écrire. J'aime me relire. La mélodie gagne maintenant mes terminaisons nerveuses qui, pour une raison étrange, se laisse inonder par ce liquide chaud, brûlant, doux à la fois qui passe, par capilarité, dans les cellules poreuses de mon être entier.

     Merde!

     Je viens de me rendre compte d'une tare horrifiante : je ne suis pas compositeur. Je n'ai aucun moyen de transcrire cette musique cérébrale. Je n'ai aucun véhicule adapté pour la faire prendre forme. Les mots, oui, je sais. Les paroles, pas de problème. Mais la musique, je ne sais pas. Je suis entrain de me remplir dangereusement d'une matière dont je ne sais pas extraire sa liquidité.

     Elle semble se suffire à elle-même, s'auto-alimenter, grandir, grossir, servir le mot dans une étonnante complicité. Pour la première fois de ma vie, est-ce possible, j'accouche d'une chanson, du moins d'une demi-chanson où les mots passent, sans problème la frontière de l'a visibilité tandis que la musique est coincée dans l'un de ces ignobles centres de rétention de l'esprit. Je pourrais peut-être la fredonner, c'est cela la solution, mais je sais que les nuances qui s'agencent dans la mélodie n'acceptent pas une lecture aussi superficielle qu'un fredonnement.

     Je ne vois pas les notes au contraire des mots qui, eux, se forment avec une grâce douloureuse sur l'écran qui éclaire ma nuit. La mélodie s'enfonce, elle vient de se terminer, maintenant elle tourne en boucle comme si le lecteur de mon cerveau était coincé. Merde ! Je sens le matin qui pousse la porte. Je sens le jour qui veut entrer par tous les interstices des volets rarement hermétiques.

     Le jour est liquide comme la musique qui flotte dans mon corps, qui vient de noyer mes os, mes muscles et ma langue. Cette musique dont l'apparente contradiction est hors du commun : pourquoi est-elle venue chez moi sachant qu'elle ne pourrait jamais déboucher dans sa forme écrite ? Le texte est là, nu, porté par l'unique mélodie de ses mots qui n'est pas celle, évidemment, qui transperce en ce moment même, mon impuissance à la former.

     Merde !
     Merde ! 
     Merde !

     Je sens la musique désormais tourner en rond et s'épuiser comme le courage. Je tente de l'enfermer dans ma mémoire. De lui dire, reste, je vais trouver une solution. Je vais apprendre la musique, les notes, les partitions. Je vais trouver un moyen de te sortir de là. Je vais venir te chercher.

     Patientes.

     Endors toi. mais comment endormir une musique lorsque soi-même le sommeil est un affront ? Je sens que je vais passer de l'autre côté, de ce côté-ci où l'impossible est une vérité terrible. Elle fuit... Je la sens qui s'évade, comme si quelqu'un avait retiré le bouchon et toute la musique qui allait si bien à mes mots, part dans les égoûts de l'oubli, ruisselle dans le lointain et part rejoindre le fleuve des musiques mortes-nées. Je sens le silence creusé un énorme trou.

     Et le sommeil  s'aggripe à mes paupières et tire dessus pour me les faire fermer.

     Merde !

     Pourquoi, pourquoi, mais pourquoi ne suis-je pas Jacques Brel ?



Cher Jacques,


     L'histoire ne dit pas tout. Ni la paternité indéterminable de mes décisions. Ni la fraduleuse fluidité de mes actes manqués. Ni même le discours incomplet de mes restes de mémoire. J'en suis réduit à reconstituer, mot par mot, page par page, l'empilement, forcément ordonné, des circonstances qui m'ont amené ici. Ici, je veux dire là, au pied de ce monologue infini entre un fantôme trentenaire et un quadra plein d'illusions.

     Les illusions, c'est ce qui reste après le séisme lorsque la réalité a tout emporté avec ses certitudes, je veux dire avec le présent, dur, rigide et sans cet assouplissement espéré que peuvent parfois concédé les choses. Sauf que le présent n'est pas une chose mais une façon de conjuguer son existence pour peu que le passé nous lâche et que le futur nous fasse peur. Le plus compliqué, ce n'est pas l'imaginatio, ni même de savoir qu'au fond de cette cage sans barreau qui symbolise mon existence, je n'aurais jamais de réponse viable à mes errements.

     Tant pis.

     J'assume.

     Je continue.

     Disons que je persévère.

     Combien sont-ils, y compris des gens très sérieux, à lever le nez en l'air et à considérer que dans cet Univers inexpliqué, il peut, avec certitude, exister quelqu'un d'autre que la propre projection de nos intelligences ? Comme eux, je me range derrière un fait : mes paroles ne coulent pas dans le vide, mes exhortations à te demander des explications ne sont pas vaines. 
    
     Il va forcément pleuvoir un jour des paroles dont je ne serais pas l'initiateur et qui viendront toutefois par mon canal. J'en sais un peu quelque chose. Il m'est arrivé, hier, cette expérience fabuleuse : l'envie d'écrire, toujours prégnante et face au fait accompli, l'écriture se déroule avec un détachement étrange, à tel point que son rythme, je veux parler de sa vitesse; sa profondeur et son sens, jusqu'à l'utilisation des mots, me sont apparus complètement étrangers.

      Avec une conscience aussi claire qu'un jour de soleil ordinaire. J'étais devenu le spectateur de ma propre écriture et j'ai cru, un instant, un bref instant car finalement, je n'y crois pas, que je servais d'un coup de récepteur volontaire. J'ai toujours rêvé, qui ne l'a pas rêvé, d'écrire sans avoir la conscience parfaite de ce que j'écris. De devenir simplement un instrument.

     Une antenne.

     Tout sauf un homme. 

     Un homme qui, dans sa stricte définition, parle au vide et à l'oreille d'un fantôme qui doit le remplir. C'est peut-être cela la quête : jeter des cailloux au ciel pour qu'ils ne retombent pas. Et ne rien jeter en l'air pour que quelque chose d'évident en tombe. Je ne sais pas moi, une chanson, une musique, un ami. Tiens, pourquoi pas un ami.



Cher Jacques,




C'est l'été.

Tout se dilate.
Les minutes dans les heures. Les heures dans les journées. Les journées dans le soir. L'envie de rester. Le désir de ne pas bouger. La chance de respirer doucement. L'inimitable ressource du rêve engourdi. Les paupières sur d'autres territoires à portée de mains.

Tout se dilate.
Sans pour autant sciller. Les gênes d'une paresse informelle ont voyagé tout ce temps pour éclore à la faveur d'une saison renouvelée.

Tout se dilate.
Dans la façon de faire. De voir. D'atteindre quelques projets sans suite. De concrétiser quelques suites sans projets. De vivre avec une assurance en dehors du formel.

C'est l'été.

Tout est plus long. Ou plus court. Cela dépend sur quel versant, de la journée ou de la nuit, les choses du temps se posent. Enfin, c'est l'instant de ralentir. De disséquer les mouvements pour comprendre d'où ils viennent et comment ils se forment. C'est la période idéale pour suspendre, dans l'air plus chaud, les conséquences des erreurs froides. Et de ne plus y toucher. Jamais. C'est étonner ses propres phrases parce que c'est toujours étonnant d'aiguiser son langage. Tout est plus onctueux. D'une onctuosité pathologique. Comme si, subitement, ce qui est inerte prenait une saveur particulière. Cuit, langoureusement. A point. Presque un chef d'oeuvre. Alors, il est temps de goûter sérieusement à l'air liquide qui baigne l'invisibilité de l'air gazeux. Une nouvelle cuisine se met en route. Et l'on peut saucer sauvagement le bout de quiétude qui s'étire dans son horizontalité de circonstance.

C'est l'été.

Et déjà les fenêtres se pendent aux portes ouvertes pour chercher la fraîcheur nécessaire aux courants d'air. Les portes se pendent au soleil. Le soleil se tient aux craquements du feu dans l'air. L'air bascule lentement la tête sur l'épaule des midis sans mouvement. Le mouvement se persuade qu'il est trop tôt pour bouger. Tout et rien semblent fragile à la fois jusqu'à perdre le sens du tout et le gout du rien. Le vide n'est jamais assez nu. Et déjà, la route ruisselle. Les trottoirs s'écartent des périphéries. Quand il pleut, c'est toujours trop par rapport aux sécheresses évidentes qui tapissent l'été. Quand il pleut, c'est toujours fort, lourd, rempli de conséquences, noyé de grondement. Et déjà, la pluie fille à toute allure, sans griffe, sur le dos de la terre. C'est une surface plane où la vitesse de l'eau condamne toute grâce. Quand il pleut, c'est toujours exagéré.


C'est l'été.

Rien n'est commun si ce n'est le corps en soi. Pour le reste, il faut voir. Le sommeil grésille. Le matin sue très tôt. Les livres ont, en été, une ombre plus large que le reste de l'année. Sans doute parce qu'ils ont l'intelligence tactile de compendre qu'ils ont l'ombre en eux. Les mots, mêmes, remarquez bien, ont le sens plus aigu. Après, c'est déjà une autre saison. Une autre circonstance. Une autre façon, plus élaborée de vivre sa vie. De survivre son existence. Il n'y a pas de comparaison possible. Mais seulement un fait : l'été grossit mille fois l'instant. C'est pour cela qu'il fait chaud. Car l'agitation génère forcément de l'énergie. J'ai à peine formé les mots qu'ils fondent. Et suent. Tout ce qu'ils savent.

C'est l'été.

Et, pour être tout à  fait optimiste, je dirai qu'il pleut du soleil.


Cher Jacques,


     J’attends la fermeture du jour. Avec une attente anxieuse. Viendra-t-elle ? Et surtout, viendra-t-elle à temps ? De ce temps délicieux dont je ne dispose pas pour me permettre de ne pas y prêter attention. Putain de ciel bleu ! Putain de perfection. Putain de terre qui tourne rond quand les seules pensées distinctes qui m’éclairent sont justement celles qui s’épaississent de doute.


     J’attends. Sur le bord d’une consonne, posée comme un récif sur la voyelle du soir, que ce putain de jour finisse. Comme j’ai fini par décider. C’est drôle non, il arrive un instant où l’on décide toujours d’un verbe à l’infinitif ou d’un futur proche. Entre le marteau et l’enclume, il y a mes dispositions à décider de mon sort, de partir, de rester, de terminer un cycle, de ranger mes affaires.


     Sans trop de peine, je rassemble mes idées, éparpillées comme des cris après l’attentat revendiqué par mes faiblesses. J’entends qu’on appelle, qu’on hurle, qu’on se tord, qu’on s’étreint d’être encore. Et moi, dans cette généreuse surabondance de violences, j’attends la fermeture du jour. Avec cette attente anxieuse qui empêche le bonheur de prendre racine.

Je sais pourtant que le cycle est indivisible, je sais avec dureté que, tout à l’heure, dans un temps même très limité, je boirais la dernière goutte de cette volumineuse journée et que j’en serais à dilater le sens des mots pour y puiser de la fraîcheur.


     Je sais que les verrous craqueront dans une indolente discipline et je sais, qu’en plus, les matières utiles à la confection de la nuit, se tisseront d’elles-mêmes, sans effort. Je sais tout cela et pourtant, j’en doute. J’en doute parce que, je pense avec sérieux, que là, tout de suite, j’ai pour une raison inconnue, la force nécessaire au non-accomplissement de cette habitude. Il y a des fois où se sentir au-delà de l’humain prend une lettre capitale. Je m’en veux juste un peu de ne pas avoir, ensuite, le pouvoir suffisant à aller au bout de mon raisonnement physique.


     Je suis épuisé. Vidé de mon sens. Séché des fluides transportant la chair de mon langage. Mes yeux fermés cernent l’étroitesse de l’obscurité. Qui a pu, avec précision trouver le fond de l’obscurité ? Je pense à bouger un bras pour taire l’immobilité réduite à la paralysie de mon corps entier.

J’attends la fermeture du jour avec la ferme attention de ne pas sortir à temps. Comme un bistrot en attente de vide. Les derniers clients pianotent leur aptitude à étirer les minutes pour ne pas partir. Car en partant, ils meurent un peu avec la serrure qui craque. Dehors, il fait toujours plus seul que dedans car nous voilà réduits à la solitude absolue.

     J’attends, avec cette relative anxiété la fermeture du jour pour me prouver qu’enfin, le temps ne s’est pas arrêté sur moi comme ces montres à bon marché qui ne comprennent rien à l’atomique certitude du temps.

Dis-moi que le jour se délite. 

Dis-moi que la nuit commotionne sérieusement cette face de jour.

Dis-moi que le bruit que j’entends est celui de ma volonté à devoir exilé ma carcasse sous une pluie d’étoiles sans nom. Je ne sais plus si j’avance ou si c’est la rotondité de la terre qui me fait glisser sur sa courbe. C’est bon en tous cas d’être réduit au rang de particules volatiles. D’être résorbé, petit à petit, par plus grand que soi. J’attends la fermeture du jour et quand la limite sera atteinte, quand j’aurais essoré jusqu’à l’air des autres, la nuit aura une chance d’être à mes portes. 

     Dis-moi seulement si j’ai la chance que tu viennes avec. Parce que c’est toujours la même interrogation, chaque fin de jour, ai-je une infinitésimale chance de t’apercevoir ? Avec cette attente anxieuse et dépourvue de toute rationalité. C’est une vaine fenêtre à travers laquelle je ne te verrais jamais. Mais cette opulence d’impossibilité me rappelle qu’au-dessus, il y a, malgré tout, une faiblesse imparable : le rêve.

     Et pour ce rêve, je reste disponible. Comme ta voix dans la cave des mots. Où tu attends, avec une attente anxieuse, la fermeture des sens. Qui ne viendront jamais. Dis-moi juste une chose : arriveras-tu avec un léger retard ?



Cher Jacques,




     Ainsi tu vas mourir. Une fois de plus. Une fois de trop. Ainsi, tu vas traverser gentiment la dimension qui te précède vers celle qui t'attend. Sans un regard particulier pour tout ce que tu as laissé.
     Sans doute est-ce cela, la rançon de la gloire : mourir tant de fois qu'à la fin, on ne meurt plus vraiment. C'est mieux, c'est même beaucoup mieux que de vivre tant de fois qu'on ne peut plus vivre vraiment.
     Il existe un cap, un point précis sur la boussole, un trait infime dans sa distinction de trait qui permet de ne plus être tout à fait ici, et tout à fait là-bas. Comme ça, il n'y a plus à transiger. Les gens qui sont habitués à partir, habituent ainsi les autres à leur absence.


     Et de ce fait, quand ils partent vraiment, je veux dire lorsque la vie s'est retirée, on pense qu'ils sont quelque part, suspendu entre le ciel et la terre, en partance, en mouvement, en apesanteur dans un ciel quelconque.
     Or, non, ce n'est pas vrai. Ils ne reviendront plus pour nourrir cet écart entre leur départ, leur arrivée et cette chair entre les deux qu'est l'absence indiscutable.
 
     Regarde toi. Tu es arrivé un jour. Puis tu es parti. Parti de l'horizon de la scène pour ne plus chanter devant le public. Donc le public ne te voyait plus même si tu existais encore, sous une autre forme. Puis tu as pris ton bateau. Puis tu as pris ton avion. Puis tu as pris la vie entre tes dents et tu l'as mordue jusqu'à ce qu'elle saigne de douleur. Puis, enfin, tu es parti comme peut partir un canal, le matin, dans la brume.

     Depuis ce temps lointain, la différence est fondamentale : tu es là, sans y être. Tu es présent sans matérialité. Tu nages sans eau. Tu voles sans air. Tu ris, tu pleures, toutes les démangeaisons du monde ne t'atteignent pas. Tu chantes. Tu déposes encore ton sel sur la fadeur des jours tristes parce que les jours tristes existent encore. L'homme n'a pas conquis le bonheur. La lune oui. L'atome oui. Mais le bonheur non.  

    


     Il repose sur des évidences complexes, plus complexes d'ailleurs que la chimie, la physique nucléaire, le retour du big-bang. Le bonheur, tu sais ce que sais toi pour ne jamais l'avoir approché. Cette théorie délicieuse qui attire jusqu'au fond le moindre curieux.

     Non vraiment, je te le dis, la couleur de tes silences ne vaut pas la transparence de tes mimiques solides, plantés, là, devant le public. Je ne sais pas moi, je ne t'ai jamais vu sur une scène, véritablement j'entends. J'ai juste vécu à reculons le temps que j'ai passé à faire ta connaissance sans que tu ne sois  là.

     Tu ne m'as pas facilité la tâche mais l'effort est une vertu. Ce soir, je pense à toi avec un attachement aux heures qui arrivent. Quand le 8 aura basculé dans le 9. Quand trois décennies auront retroussé leurs manches pour nous ramener à l'instant T où, finalement, tu t'es décidé à partir pour de bon. 

     S'il reste un espace vierge que tu n'as pas conquis, c'est qu'il n'y poussera jamais rien. Ni mots. Ni musique. Ni herbe. Ni acide. Ni feu. Rien qui ne soit léger en tous cas.

     Demain, c'est le 9 octobre, et dans le pire des cas, tu mourras encore. Et tout se passera bien. Car je suis si habitué à tes départs, et si peu habitué à tes retours, que je ne changerais rien à mes pauvres habitudes : je t'écouterais comme si de rien n'était. Comme si une porte allait s'ouvrir. Et qu'en entrant tu oses me parler d'autre chose que d'un prochain départ.





Les photos sont signées du photographe Yannick Pirot. 





Cher Jacques,

La distance qui sépare l'arrivée du départ dépend de l'intensité qui se concentre entre ces deux limites. Tu vois, le problème avec les faits historiques, c'est qu'ils doivent être rapportés avec la plus grande rigueur. Et c'est sans aucun doute pour cette raison, qu'un jour, les hommes inventèrent les légendes pour se départir de la réalité devenue trop rigide.

     Ainsi, il existe des adieux qui valent des bonjours pour la simple raison qu'ils n'ont jamais eu lieu. Les traces qu'on peut laisser ont cette caractéristique irréversible : elles signifient quelque chose. Un pas, un retour en arrière, une marche en avant. Bref, les traces que nous laissons, même sans bien le vouloir, racontent bien plus tard nos faits, grands ou insignifiants. A Vesoul, tu as laissé des traces. Une signature sur un livre d'or. Une promesse dans une tête de parler de la ville. Tu as posé ton corps dans l'ondulation de l'air et depuis, les témoins de cette scène, t'ont gravé dans leurs yeux. Cela vaut une histoire. Une histoire dans l'Histoire, c'est-à-dire la tienne. Et chaque fois, le devoir crève l'évidence : on se doit de respecter cette histoire, sans rien retrancher, sans rien ajouter.

     Ici, à Vierzon, cette histoire n'existe pas. Elle n'est que suppositions, supputations, hypothèses, conditionnel. Venu ? Pas venu ? Mystère. Finalement, quarante ans plus tard, quarante ans après ta chanson, la même question tord les mêmes lèvres. Le même doute nourrit la même légende. Si tu étais venu, finalement, si tu avais foulé le sol et laissé des empreintes innéfaçables, si tu avais pesé de ton poids sur la façon de bâtir cette ville autrement et si, enfin, j'avais face à moi les traces indéniables de ton lien avec Vierzon, je serais obligé, ce soir, à cet instant précis où la nuit a déjà baigné le superflu de cette journée, je serais obligé de raconter, avec le souci scrupuleux de la fidélité, ce passage historique où, pour une raison précise, tu décidas de t'arrêter ici, de t'attabler et d'engourdir l'air vif avec une chanson. Déjà cela, c'est de la fiction...

     Voilà. Je serais devenu historien et non pas rêveur. Je serais devenu le raconteur de cette histoire fantastique et non plus le devineur insatiable de mes points d'interrogation.

     Pour toutes ces raisons extraordinaires, je te remercie vivement de n'être pas passé, dans la lumière de ta célébrité. D'avoir seulement frôlé les murs, sussuré notre nom, parcouru d'un doigt le seuil de cette ville, d'avoir posé, quelque part, une clef de mystère qui n'a aucune serrure, si ce n'est celle, en ce moment, du plaisir fabuleux que je prends à chercher l'introuvable.

     C'est étonnant non ? Vesoul doit maintenant narrer avec la précision historique qu'elle te doit, le chapitre glorieux de sa célébrité, qu'elle te doit aussi. Aujourd'hui, à l'abri des tentations biographiques qui dominent pour le trentième anniversaire de ta disparition et le quarantième anniversaire de la chanson Vesoul, Vierzon par mon intermédiaire, doit seulement imaginer cette histoire qu'elle ne possède pas.

     Ces lieux que tu aurais pu toucher. Ce train que tu aurais pu prendre. Ce verre que tu aurais pu partager au Buffet de la gare. Cet air étonné en traversant la ville, dans ta DS, engorgé de voitures enfilées commes des perles sur le fil de la nationale 20 ou de la nationale 76. Imagine toutes ces choses que j'ai à ma disposition... Toutes cette matière de fiction, de légendes, de situations, de regards et de souffles. C'est inifini, grandiose, c'est une somme qui me dépasse. Et que je tente de dépasser pour relier ton nom, Jacques, à celui de Vierzon comme tu as pu relier Vierzon, à ton nom Jacques.

     Finalement, le big bang généré par ta chanson est bien en expansion. Je confirme. C'est à moi et à moi seul de raconter l'histoire qui te va le mieux. Et l'avantage que j'ai, sur toutes et tous, c'est que je sais qu'au-delà de ta chanson, il existe un monde parallèle où les mots que j'aligne ont le bénéfice de la vérité. Puisque c'est la mienne. Et elle ne sera jamais soumise à la rigueur sans relief de la vérité historique.

     Alors, cher Jacques, merci. Et que ton histoire commence...

(la couverture, plus haut, est issu du numéro 48 de l'hebdomadaire Le patriote illustré du 27 novembre 1948, dans lequel, un article rendait compte de l'adieu de Jacques Brel, à la scène.)

 


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Commentaires

Vous avez en vous cette intuition :

Je lis vos mots:
" dans cette chanson,Vesoul,ou Vierzon ,seraient des sens cachés,des sens interdits"
Et plus loin:
"as-tu laissé le hasard guider le sens de ta chanson?"
Et encore:
"Une énigme particulière s'est glissée dans tes mots"

J'ai cette même intuition,qui reste implicite comme toute intuition

Vos mots me bouleversent car ,enfin,je pense que quelqu'un sent ,comme moi,cette approche...

Mais le charme serait peut-être rompu si on tenait le sens explicite du message de Brel;ce n'est peut-être pas un message qui nous serait destiné,à nous,plutôt une révélation sur lui-même,que ,par pudeur,il nous a cachée...
Commentaire n°1 posté par La Femme De l'Ombre le 11/08/2011 à 20h13
Un pastiche.

Et moi,je viens enfin d'exprimer mon espoir

De comprendre comment on a su,sans le voir

Chercher ensemble, "le" trouver à un croisement,

Et faire la peau à l'adverbe :mystérieusemùent...
Commentaire n°2 posté par Quelqu'une le 26/08/2011 à 18h57
Cher Jacques ,

ou plutôt: MON cher Jacques,

J'ajoute cet adjectif qualificatif parce que "je te m'approprie"
Cette expression me paraît incorrecte ,tout à coup, à moi qui suis de la génération de l'écriture manuscrite et cursive !
Je veux dire je m'approprie tout de toi..

Déjà, je m'approprie cet ami qui t'écrit ici ;Ce "mon" me différencie de lui.

Ici, ce n'est pas chez moi,non plus .Je m'approprie cet "antre" , c'est le plus bel endroit que j'aie trouvé pour te parler, te dire ,t'écrire...Je l'ai déjà squatté plusieurs fois .Peut-être me reconnais-tu?

Il a suffi que je pousse délicatement une pile de bouquins Ils perceront bientôt le plafond ;ils veulent atteindre le ciel je crois ;pour t'y retrouver?

J'ai installé ici mon ordi ,sans bruit .

Si je prends trop de place,Rémy me fera la chasse ,armé de la flèche en haut à droite de son clavier et tout ce que je veux te dire sera anéanti

Ou,d'un pointeur acéré,excédé il cliquera,comme ça ,et je mourrais à petits coups de peurs,une autre fois encore ,de peur de ne plus pouvoir te rencontrer...

Je ne te dis pas bonjour, ne te dirai pas au revoir :tu es omniprésent dans cette autre vie ;je t'expliquerai une autre fois...
Commentaire n°3 posté par Ema Révet le 28/11/2011 à 13h51
Mon cher Jacques,

Tu vois, j'ai oublié mes cours de grammaire : "Mon" est un adjectif possessif

Possessif: convient mieux au fait que je me sois approprié cet endroit qui es le tien ;je vaincs ma timidité;je m'y invite de nouveau:je suis un peu sans gêne,un peu mal élevée ,comme on dit dans ce monde où tu n'es plus.

Je te retrouve ici car tu es chez toi ! dans cette " maison à naître",où en fait ,tu as retrouvé la vie, une autre bien sûr!

Ton ami a installé en bonne place ton portrait peint par Gali ;ta chanson défile comme sur un panneau publicitaire ,sans fin. Et elle s'égrenne en tant de notes soufflées par un accordéon ;Je m'en approprie le titre !Pour moi, c'est "La Vierzonnaise",n'en déplaise à Vesoul, ou à Marseille!

Je m'approprie ta ville :Vierzon!C'est ta ville ,celle où tu es passé plus longtemps que le temps d'une chanson !
Celle où tu reviens justement le temps d'une chanson, où tu reviens fréquemment grâce à TA chanson !

Quand je suis là,chez toi, à Vierzon, la ligne de démarcation ne doit plus exister !Plus de ligne pour séparer ceux qui te sont indifférents ,ou ceux qui ne t'aiment pas,s'il en est, de ceux qui t'aiment ...

Toi, "qui sais qui je suis" tu sais que je suis de ceux-ci...
Commentaire n°4 posté par Ema Révet le 28/11/2011 à 15h36
Mon cher Jacques,

Quand je parle des livres qui veulent atteindre le ciel pour arriver jusqu'à toi,je ne parle pas du ciel du catéchisme ;je veux plutôt parler du ciel où tu es arrivé ,celui où brille cette ♪étoile ♪ que tu as cru
♪ inaccessible♪

J'ai bien compris que ton ami est certain qu'il a à "terminer ce roman que tu n'as jamais écrit".Et s'il y accédait ?

Je m'approprie cet idéal ou quelque chose qui lui ressemble .

Je m'approprie ton idéal;je crois que tu l'as tenue dans tes mains,cette étoile ...
Commentaire n°5 posté par Ema révet le 29/11/2011 à 08h51
Mon cher Jacques,

Oui, je m'approprie cette ♪étoile♪;je ne voudrais pas qu'elle file entre mes doigts...
♪Ces gens-là♪ doivent marmonner: "ce sont des illuminés ceux qui écrivent ça!"
Je voudrais bien l'être davantage ,illuminée! L" ♪étoile" scintille juste un peu...je préfèrerais qu'elle m'éblouisse!

Elle est ma mission .Je sors ma casquette de Gavroche et mon écharpe rouge .Dommage! Je me cache derrière des barricades ,par lâcheté ou par ce fort désir qui m'habite?
et que je ne veux pas qu'on me vole?

A ta ville, à Vierzon ,je chante comme l'a fait" un certain" :
"Quand j't'aurais dit, tu comprendras!"

Peut-être que "je ne dirais pas tout"!(faute de temps ? )

Tu vois, je m'approprie les mots ,les chansons de tes amis .
Si je les énumérais ces amis,ily en aurait toute une liste!
J'aurais peur d'en oublier !
Vous qui lisez ces lettres ouvertes, vous les reconnaîtrez

Il y en a d'avant toi,d'en même temps que toi,d'après toi...

Quand ce sont tes mots que je m'approprie ,j'ai si peur que l'on m'accuse de plagiat que je n'ose les employer .Alors je les mets entre guillemets ou plutôt entre des notes de musique ,car "quand tu parles ,tu chantes encore".

Je te donne un exemple que tu retrouveras un jour:

♪♪ infiniment♪♪. Indiscutablement ,il t'appartient !
Commentaire n°6 posté par Ema révet le 29/11/2011 à 10h58
Mon cher Jacques,

Je m'approprie ton temps , celui qui n'est plus découpé par les hommes ,depuis les secondes jusqu'aux éres !

Il n'y a pas de mot pour dire ce qui est plus grand que les ères ,ou bien je n'en trouve pas ,sauf ce mot:
♪infiniment♪...

Les nombres qui vont de - l'infini à + l'infini nous le font mieux appréhender ,et encore :

Est-ce qu'ils se rejoignent quelque part?
Commentaire n°7 posté par Ema révet le 29/11/2011 à 11h08
Mon cher Jacques,

Je m'approprie toutes tes souffrances ,
Je m'approprie toutes les offenses ,
Causées par des âmes de fausses pucelles
Qui ne pensaient qu'à ton escarcelle .

Je devrais mettre tous ces maux ,
Entre guillemets,entre incises.
Je devrais écrire tes mots
Entre des notes de musique ,
Entre croches diaboliques.
Car ils sont bien de toi,
Ce ne sont pas des mots de joie...

Je m'approprie l'atmosphère
De tes senteurs heureusement perdues,
Je sais, tu n'es plus dans cet air
Là;Il faut que j'aère
Pour qu'avec toi, je ne souffre plus .
Commentaire n°8 posté par Ema révet le 29/11/2011 à 15h59
ça ne sent plus le porc
qui,le ventre plein s'endort,
ni les mains des marins d'Amsterdam
Qui ont pincé la croupe des femmes;
plus de vapeurs d'alcool:
vidés les verres des Espagnols;
plus de frites dans la graisse;
plus le stupre des frasques de ta jeunesse;
ça ne sent plus la morue,
ça ne sent plus le hareng,
plus la pisse ni le mauvais vin,
plus l'opium, ni le whisky de Clermont Ferrand;
ça ne sent plus la bière de Londres à Berlin,
plus le lilas de Madeleine
Ni les bonbons de Germaine...

On ne sent plus la guerre !
Tout ça est oublié!
Ici,on boit le café;
Ici, on se ♪♪FRERE ♪♪!
Commentaire n°9 posté par Ema révet le 29/11/2011 à 16h12
Mon cher Jacques;

Je n'aurais peut-être pas dù faire remonter à la surface ces odeurs nauséabondes

En fait, ce n'est pas à toi que je m'adressais ,plutôt à ceux qui ne t'aimaient pas beaucoup à cause des fiestas ,des beuveries auxquelles tu t'adonnais ...

Moi aussi, je n'aime pas trop ta saoûlographie!

Mais je comprends que tu voulais oublier ...quoi? je me dis que les femmes ne t'ont pas aimé comme tu aurais voulu;elles ont dù te décevoir !

Tu vois ,je dis que j'aurais mieux fait de m'abstenir d'écrire ça ,comme toi tu as regretté d'avoir écrit "La haine" qui ne te ressemblait pas !

C'est toi qui as inventé ce verbe :♪ frérer ♪

Oui, ici, on se ♪frère♪
Commentaire n°10 posté par Ema révet le 29/11/2011 à 18h47
Mon cher Jacques,

Oui, ici on se ♪frère♪ ,en buvant le café;le filtre a dù craquer :ton ami lit dans le marc.

Déjà je l'ai soupçonné de t'avoir offert un verre de bière ,oh,avec modération ! Il a trempé ses lèvres dans la
mousse ,dans le même verre !on dit qu'on a parfois les mêmes pensées quand on fait ça!
Le même jour,je crois ,j'ai commandé une eau pétillante (je ne dis pas le nom ,je ne veux pas faire de pub ici!), c'était une eau sans alcool .(n'en doutez pas!)Des bulles ont monté en dansant comme autant de boules de cristal !

Et si c'était des philtres que tu nous avais servis?
Commentaire n°11 posté par Ema révet le 30/11/2011 à 08h44
Mon cher Jacques,

♪ Ces gens-là ♪ qui ont parlé d' "illuminés" grognent dans leur coin :pfffttt! lire dans le marc de café! dans des boules de cristal,pfffttt des philtres ? Ils ont fumé la moquette!"
Ici, on ne fume pas ;tu ne fumes plus depuis longtemps !
Il n'y a pas de moquette, mais un tapis volant ,tu sais celui qui t'emmène à ♪ Bysance ♪ !

Je m'approprie cette atmosphère claire ,pleine de soleil .
Je suis dans ton ♪ palais de lumière ♪ ...

Ne m'as-tu pas chanté:

♪ La lumière jaillira
Et je t'inviterai
A venir sous mon toit
Pour y tout transformer ♪

Et toi, tu l'as ce palais!
♪ Tout ne change -t-il pas
Au soleil ♪ de l'amitié ?
Même s'il ne m'appartient pas,
Je me le suis approprié.
Commentaire n°12 posté par Ema Révet le 30/11/2011 à 17h57
Mon cher Jacques,

Je m'approprie tes sons

Ta chanson défile en boucle ,en sourdine ;les chansons de tes amis ,je les perçois aussi ; et j'entends les sons qui savent me réconfortet et que tu m'as récemment apportés "sur un plateau d'argent":je parle ♪des chants d'oiseaux et des rires d'enfants ♪ ,des sons cristallins ...

C'est un mixage ,un concert ,c'est la musique que je fais mienne ;tu sais ,je l'apprécie,je la goûte,je la savoure ,bien que je ne sache rien ou presque de l'alphabet musical
La cacophonie est là-bas ,dans le coin de ♪ ces gens-là ♪
Commentaire n°13 posté par Ema révet le 01/12/2011 à 10h37
Mon cher Jacques,

Je t'ai dit m'approprier ton temps, un autre .Dans cette nouvelle vie
Seule subsiste la succession bien tangible des jours et des nuits
Je m'approprie tes insomnies, tes nuits .
Je parle à mes nuits comme je parle aux tiennes ;quand l'aube efface les mots écrits sur le grand tableau noir,
je sais que j'ai écrit les plus belles lettres d'amour ...
Commentaire n°14 posté par Ema révet le 01/12/2011 à 10h47
Mon cher Jacques,

Parmi ♪ ces gens-là ♪ ,l'un d'eux entre avec fracas dans notre ♪ palais ♪ ,déguisé en Hamlet ;il appuie sur l'icône de l'imprimante de ton ami ,et de la mienne :un paquet de feuilles en sort si nombreuses qu'elles coulent par terre ;il en prend une ,au hasard, d'un mouvement rageur et tonitrue :

"Des mots!,Des mots!Des mots!"

Un autre renchérit :"oui, de la masturbation intellectuelle,tout ça !"Des faits,des faits!"
Un autre ricane : :à force de tout s'approprier ,elle a dù s'enrichir ! aboule ton or,ton cristal et tout ce qui s'ensuit !"

Une phrase est là, sur une des copies qui jonchent le sol,pour m'aider,pour me souffler ce que je dois dire:
"Tes mains contiennent tant d'amour et tant de lumière ",(bien sûr ,il parle de tes mains)
Ma réponse fuse :
♪Mon coeur est assez grand ♪,pour comme Jacques,(toi, bien sûr) comme Rémy,(qui n'est plus à présenter), vous donner ce bonheur ,vous faire partager le palais de lumière , le point de départ et vous emmener avec nous dans le grand voyage des rêves ,destination "Etoile" ...
Commentaire n°15 posté par Ema Révet le 01/12/2011 à 14h27
Mon cher Jacques,

Ma nuit a éré aube,veille blanche .
Un reste de voile noir ne semble pas effacer encore les mots,les pensées ;il y en a eu tant!
J'ai malgré tout la crainte de ne pas avoir le temps de tous les retranscrire .
Je sais bien qu'ils arriveront délavés .

En t'écrivant,vois-tu,je ne pensais pas trop aux autres ,je veux dire à♪ ces gens-là♪
A toi qui n'écrivais pas le signe "égale" entre charité et générosité,à toi qui écrivais cette inégalité comme ça:

GENEROSITE > charité,

tu saisiras mon dilemne :

j'ai la charité de les écouter;

aurais-je la générosité de les faire au moins rentrer dans ce ♪palais de lumière♪ à défaut de les faire voler jusqu'à l' ♪ étoile ♪?moi qui en suis si loin?

Je ne pense pas avoir la recette miracle ;je sais juste que je me trouve là et que j'ai pris le tapis volant.

C'est un terrible honneur que je m'octroie :raccoler ne serait-ce qu'une seule personne de ♪ ces gens-là ♪dans la quête de quelque chose qui ressemble au bonheur ...

Simplement ,j'analyserai le chemin que j'ai pris
Commentaire n°16 posté par Ema Révet le 02/12/2011 à 08h21
Mon cher Jacques ,

Le fil de mes propos se casse mais il est intact dans mes pensées .
Il me faut gérer le temps du quotidien...
Je sais, Rémy,"le temps n'est pas inviolable ni tout puissant", je comprends que tu parles du temps découpé par les hommes ;je peux le quitter mais difficilement .
Ici,je suis "dans la course insensible du temps",non pas qu'il soit privé de sensibilité ,c'est plutôt un autre temps qu'on ne perçoit pas ,(j'espère ne pas te trahir ;c'est ce que j'ai compris)
J'ai déjà évoqué ce temps ;je devrais y revenir .

Tu vois, Jacques,tu es le témoin ,et avec toi Rémy, d'autres amis chanteurs ,poètes, artistes pour employer un générique,de ce que je vais dire à ♪ ces gens-là ♪ auxquels je veux parler de cette "étoile promise "

J'ai beaucoup à dire !Et puis ,pour "démocratiser", faire comprendre mes propos ,j'aime illustrer d'incises ,ouvrir des parenthèses ,insérer des chansons ,des poèmes,des phrases trouvées chez toi Jacques et chez vous ,mes autres témoins,et peut-être des sortes de paraboles ,des films des flash de mon cru !
Commentaire n°17 posté par Ema Révet le 02/12/2011 à 11h00
Mon cher Jacques,

Tu sais,quand je te m'approprie,(j'hésite encore :est-ce correct ?je ne parle pas du correct de la morale, plutôt du correct du langage ,de la grammaire :ils sont subtils les mots!); allez!je change ma formule:
Quand je m'approprie tout de toi ,ou de ceux que tu as inspirés,je n'en ai pas l'exclusivité;je n'aime pas la possessivité ,tu le comprends ;la meilleure preuve en est que je les restitue aux autres,à vous qui êtes entrés ici ou qui y rentrerez .

Pourtant, je dis "je" avec ce " j'aime" insérer des trucs de mon cru (ou quelque chose comme ça) Je m'immisce ici,:ce " je" conjugué avec le verbe " aimer " ,n'est pas égocentrique ; il fait tout simplement partie de "l'étoile promise ",un p'tit bout de bonheur ...
Commentaire n°18 posté par Ema Révet le 03/12/2011 à 08h49
Mon cher Jacques,

Toi, tu les as entendus ces grands ♪ flchss ♪ de ces ♪ gens-là ♪ (quel génie tu es ,de nous faire entendre ce bruit sans employer de voyelles !)


Ils sont loin de nous ;pourtant je l'entends d'ici,ce ♪f-l-c-h-s-s ♪ !Après tout,ils se régalent en aspirant la soupe fumante :c'est leur liberté ! Juste qu'ils prennent garde à ce que ces ♪ F-L-C-H-S-S ♪ ne couvrent pas le son de tes chansons ,ou d'autres chansons ,ou celle que j'ai baptisée : la chanson du matin .

Oui, cette chanson du matin que j'entonne chaque matin ,comme son nom l'indique !Rassure-toi, je ne t'abandonne pas, je ne te ♪ quitte pas ♪! Ta chanson est là , en filigrane !

Aujourd'hui, c'était celle-ci :

"Moi, je mange avec les mains,je suis comme ça!"

Et plus loin:

"Oubliez tous vos clichés!
Bienvenue dans ma réalité "

La réalité,contrairement à la définition-cliché que le dico vous donne , c'en est une autre ;le vocabulaire ,dans ce palais ,n'est pas tout à fait le même ;il suffit,parfois" de fuir la dictature de l'épais dictionnaire ",de fuir toute dictature ,de vivre dans des paradoxes ,(rassurez-vous :je traduirai s'il le faut !)

Je traduis,ici réalité = virtualité

Oui, vous avez bien lu :

Réalité égale virtualité.

J'ajoute ces équations:

*Réalité + virtualité = bonheur

*Réalité + virtualité = liberté

Ce qui amène au théorème suivant:

Deux concepts égaux à un même troisième sont égaux entre eux .

Et à l'équation qui s'ensuit:

bonheur = liberté

Ici, "on ne compte pas ,Monsieur,on pense !
Commentaire n°19 posté par Ema Révet le 03/12/2011 à 09h39
Mon cher Jacques,

Ce " calcul " ( c'est tout juste si je peux employer ce mot !)n'était pas prévu !

Et si le fil s'embrouillait ?

C'est "la chanson du matin " qui m'a égarée!

De cette chanson, je pense vous en parler encore! ça y est ,il est désemmêlé ,♪ quand je dis il ♪, je parle du fil

Mais ♪ il est tard ,Monsieur,je dois rentrer chez moi ♪

Jacques, je te dis "je suis là "
Commentaire n°20 posté par Ema Révet le 03/12/2011 à 09h47
Mon cher Jacques,

♪ je suis là ................................

...........................................

Je la suis ,
Je n'ose rien pour elle ♪

J'ai repris tes mots ;ce sont les tiens ,je les ai reconnus !
Tu me les a répétés plusieurs fois ,pour me réconforter .
Ces multiples points de suspension , c'est le silence .
Je n'ai pas entendu la suite...
Pourtant ,mes souvenirs de linguistique me les donnent seulement aujourd'hui ,à cet instant précis ( qui se mesure en heures, en minutes ) en exemple de parataxe .

Je me les suis appropriés ,c'est la magie de l'ého des mots Et si toi, tu les avais entendus avant ?

Maintenant,tu me dis :
Ne t'inquiète pas "
Commentaire n°21 posté par Ema Révet le 03/12/2011 à 13h39
Mon cher Jacques,

J'ai dit aussi :"Je dois rentrer chez moi ",je devrais mettre cet encart entre notes de musique;maintenant qu'elles sont passées par moi, je ne peux plus;je chante moins bien que toi .
Ce "chez moi,c'est ici ,je vous l'ai déjà dit .
J'aimerais que mon espace virtuel et le réel ne fassent qu'un
J'aimerais que le temps matériel et le temps des rêves se confondent à jamais.

Est-ce que les lignes parallèles se rejoignent quelque part ???
J'aimerais que le temps
Commentaire n°22 posté par Ema Révet le 03/12/2011 à 13h50
Mon cher Jacques,

J'ai hésité à employer ce mot: "calcul"
Bien sûr,c'est le mot du monde matériel !

Ici, il a une autre acception !Pas possible de tout dire en une fois .

Je vous assure, les fils de l'écheveau de mes pensées se déroulent normalement avec logique* ,si vous préférez .

Je regrette de ne pas pouvoir changer la police de ces caractères ! J'emploierais des couleurs différentes pour différencier les deux mondes .

Vous comprendrez ,je pense ; je ♪chemine ♪ à petits pas ...

PS* logique est censé ( sensé irait mieux ,non? en matiére de logique) être du vocabulaire du monde commun
Commentaire n°23 posté par Ema Révet le 03/12/2011 à 14h10
Mon cher Jacques,

Tu as dit :♪ ne me quitte pas ♪
L'écho a déformé les mots:
J'ai entendu "Ne t'inquiète pas"

Et si c'était une réponse à mes questions?
Toi, tu sais que je m'interroge souvent :est-ce que je mérite cette entrée dans ton palais,est-ce que j'ai le droit d'y stationner,est-ce que tu veux bien que j'y revienne ?non seulement je m'interroge ,mais je t'interroge ,toi!
Et si tu disais :"y' en a marre de cette nana -là";tiens !c'est ma chanson du matin !elle me plaît moins que la chanson, la tienne qui défile en boucle .
Qui " défile" ,voilà le contenu du fil ,mais oui celui qui
recoud mes idées ( que vous, vous trouvez décousues )
Il y a un dénominateur commun entre "Ne me quitte pas " et la "Vierzonnaise" C'est un fil de bâti,pas tout à fait bâti; je faufile ...J'y reviendrai
♪Ne me quitte pas ♪ me fait mal tellement tu souffres ;je préfère que tume dises ne t'inquiète pas".
La femme à qui cette chanson était dédiée ne mérite pas ♪ces perles de pluie venant d'un pays où il ne pleut pas ♪
Non, vraiment! Elle n'a pas à s'en glorifier!
Sauf...sauf si ...C'est toi qui as quitté cette femme de l'instant ! Après tu as dit que cette chanson était: ♪une lâcheté♪
Ce n'est peut-être pas cette femme-là à qui tu t'adressais !Peut-être même pas à une femme !

Tu aimes brouiller les pistes ...
Commentaire n°24 posté par Ema Révet le 04/12/2011 à 08h58
Mon cher Jacques ,

Oui ,tu aimes brouiller les pistes ...

Je reviens à la Vierzonnaise !
(Je manque de gratitude envers Vesoul ;Comme elle te l'a fait à toi,avant ta chanson , Vesoul m'a reçue,il y a peu de temps,
Grâce à elle j'ai pù revenir ici...Et Vesoul te reçoit encore ,un peu comme un roi .Alors ,pardon Vesoul si je donne un autre titre à "LA" chanson .
C'est parce que je suis intimement persuadée que tu es réellement venu à Vierzon .Et si je dis "Vesoul" ,on ne comprendra rien!(Je développerai cette idée plus tard !)
Quand je dis que tu brouilles les pistes ,en bon adepte de Baden Powel ,c'est que "Cette" chanson ,est un puzzle,ou plutôt un patchwork,tu sais ces pièces une fois dénichées au fond d'une armoire -pour toi au fond de ta mémoire-qu'on assemble à l'aide d'un brin de même laine et qui deviennent pièce unique ,entité ;si un jour j'ai pensé "camaëu" ,j'étais juste dans cet intervalle entre patchwork et la fin du "pot-pourri "
Commentaire n°25 posté par Ema Révet le 04/12/2011 à 14h20
Mon cher Jacques,

"Pot-pourri", même si on l'emploie pour un ensemble de fleurs ,n'est pas joli ;tant pis si je préfère un mot pas de "la langue de chez nous !"
Je pique un mot au dictionnaire musical:ta chanson est un medley!
Commentaire n°26 posté par Ema Révet le 04/12/2011 à 14h37
Mon cher Jacques,

Quand j'ai dit,la langue de chez " nous", même si tu es Belge, tu es de Chez nous :tu la poétises si bien!

Je voudrais t'entretenir de ceux qui lisent ces lettres ouvertes qui te sont destinées -celles de ton ami- ou qui lisent ,par suite ,celles-ci (que j'appelle mes instantanés).
Ce peut être tes amis ,ou les amis de Rémy :ceux-ci te comprennent, nous comprennent :ils sont déjà autour du café où l'on se ♪frère♪. Entrez !votre place est ici ."Entrez chez moi :j'habite chez un copain" lol !
Je pense plutôt à ces curieux ,intrigués par ce titre :
LETTRES A JACQUES BREL (1),puis (2) puis (3) puis (4).
Il n'y en a pas que quatre ,et voilà que j'ajoute les miennes ,écrites en ricochant .
Quel est leur état d'esprit?
Il y en a peut-être des lubriques,des malsains, qui, avant d'ouvrir les enveloppes ,espèrent trouver des lettres d'amour de femmes qui sont entrées dans ta chambre à coucher.Je les raye de ma liste!
Ou ceux qui pensent trouver des modèles de lettres ,d'amour toujours :déjà ,ceux-là savent comme tu écris bien ;je les garde au fond de ma mémoire ;ils peuvent y rester,je ne les bifferai pas!ils ont envie justement de cet amour-toujours .
J'ai noté des curieux du style de ceux qui se demandent:qu'est-ce qu'on peut bien écrire à quelqu'un qui n'est plus de ce monde matériel ?
Matériel! Le mot est lâché ! Ici ,on est dans le monde virtuel,certes ,puisque ,comme ,par magie en touchant les touches de ce clavier, les mots s'écrivent sans encre ,et arrivent aux yeux de ces curieux ,par une autre magie:un clic , ou deux :instantanée, l'ouverture de l'enveloppe ;instantanée la succession des mots !à vous qui êtes matérialistes, je ne vous apprendrai pas que ce virtuel -là est celui de la technologie ;ce mot ,on l'a vulgarisé ;il existait bien avant les ordi ,en optique ,si mes réminiscences de cours en sciences physiques ne me font pas défaut :l'image que nous percevons passe ,en deça du foyer,en image virtuelle ,avant qu'elle n'arrive à notre vision ,notre regard !
Tout ça est bien compliqué ;il faudrait que je retrouve tout ça sur internet ,or j'y suis déjà ! sur le net, je ne sais pas aller sur deux sites à la fois !
Je vous avais prévenus : j'ouvre des parenthèses !

Je reviens à vous ,les intrigués du fait qu'on puisse écrire à un fantôme .Vous êtes dans le virtuel qui s'oppose à l'actuel !
Le virtuel qui est ici est d'une autre trempe ,d'un autre régistre .Il est du domaine de la pensée ,des rêves !

On peut rentrer dans ce virtuel-là comme on rentre dans tes chansons, dans d'autres chansons ,dans des poèmes .
Dans ton palais de lumière, celui qui est réceptif à ce possible ethéré ,voit déjà la poésie , c'est le contemplatif .

Toutes ces digressions ,parce que ma chanson du matin ,était celle-ci:adressée à une femme , Jeanne , que j'ai envie d'écrire Jehanne ,née bien longtemps avant toi, elle est du Moyen-Age . Ecoutez Laurent avec moi :

"Enfin,je vais vous dire
Combien je soupire:
Vous êtes si loin,si loin d'ici...

...Vous n'êtes qu'une image
Perdue dans les âges ,"
Commentaire n°27 posté par Ema Révet le 05/12/2011 à 09h12
Mon cher Jacques,

J'ai une préférence d'horaire, limité , dans ce monde de tous , forcément limité : c'est le matin ;mes pensées se réveillent aux aurores ,et alors ,j'ai ce besoin intense de me retrouver dans ce palais ;aujourd'hui, j'avais besoin d'un signe, je l'attendais ,il m'est arrivé enfin .J'ai souvent besoin d'un petit signe ,de la main ou d'un mot pour que j'aie ce besoin impérieux de me retrouver là...
A cette heure, mes pensées se bousculent ;il en arrive tant !il me faudrait des tiroirs que je pourrais étiqueter ,avec des titres ,qui deviendraient sous-titres ,parce qu'un plus grand tiroir les réunirait et ainsi de suite ,jusqu'à plus ...soif! des tiroirs gigognes en somme .

Je trouve un mot superbe ,pour expliquer mieux ,à vous les "contemplatifs ":c'est le mot arborescence ;les mathématiciens l'ont pris en informatique .Je reviens toujours au fil déroulé par mon écheveau : on ne crée rien ,pas même un mot ,à partir de rien .

Tes chansons sont des arborescences,la gerbe jamais finale ,jamais finie d'un feu d'artifice ;d'autres chansons, d'autres poésies se ramifient comme les branches d'un arbre immortel .

A vous ,qui êtes venu(es) voir ce que l'on peut bien dire ici à une personne non palpable ,mais ô combien présente ,je pense que vous comprenez .

Quand je vous mets dans les contemplatifs ,je pense que vous aimez le beau ;et que vous n'êtes pas statiques ,que vous avez le dynamisme de vous élever au-dessus du matérialisme

On arrive à la spiritualité ;ne vous méprenez pas :cette spiritualité-là est -je répète les mots qui ont différencié le matériel du monde du rêve -est d'une autre trempe ,d'un autre régistre ;elle n'a rien à voir avec la spiritualité de la religion ^;ses produits ne sont pas des idoles,ni des icônes ,ce sont ces produits dont je vous ai parlés ,en terme générique ,des produits de l'art.

En venant,ici,à cette heure précise,je ne pensais pas du tout en venir là !

Tous ces mots ,entre parenthèses parce qu'une myriade de chansons étaient sur mes lèvres ce matin,sans le son;j'attendais le signe qui me fasse comprendre que j'avais oublié de monter le mélangeur,vous savez, ce petit micro ,en bas, à droite de l'écran !Juste avant la date,et l'heure ...

♪mais il est l'heure, Monsieur♪...
Commentaire n°28 posté par Ema Révet le 06/12/2011 à 12h41
Mon cher Jacques,

C'est la chanson de Laurent ,attahée aux tiennes ,ou à tes mots :
♪ je vous souhaite des rêves à n'en plus finir ♪ qui me font souvenir de ces myriades de chansons qui explosent en feu d'artifice ,et dont tu es l'auteur en filigrane;rien que les titres :
*J'ai encore rêvé d'elle .
*Rêves d'enfants .
*Toucher mes rêves.
*Laisse passer mes rêves.

J'ouvre en cliquant à droite sur la souris :j'entends:
"Laissez-moi vivre mes rêves les yeux grands ouverts"

et:
"J'irai au bout de mes rêves...
Où la raison s'achève...
Et même s'il faut partir,
Changer de terre et de trace,
S'il faut chercher dans l'exil
L'empreinte de mon espace..."

Encore des titres ,illustrés par la musique de Michel Legrand :
*Je suis là.
*La valse des lilas,
*Les moulins de mon coeur,(pour moi, ces mots , qui suivent?):
"Comme un écheveau de laine
Ou les mots d'une rengaine..."

et pour moi,- c'est sûr!- ces mots:
"Comme des ronds dans l'eau..."

Et voici de nouvelles pièces au patchwork ,tant de mots qui ricochent, qui chantent
♪Donne-moi la main♪

D'où tu es ,je sais que tu comprends...
Commentaire n°29 posté par Ema Révet le 06/12/2011 à 15h02
Mon cher Jacques,
Je sais que je ne convertirai pas certains de ♪ ces gens-là♪;je sais mes propos incompréhensibles .Ici, on parle une autre langue,"on a trouvé qu'il était temps de réformer l'épais dictionnaire " .Ici, on a des mots- bijou ,des mots-
fantaisie, des mots-image,des mots-merveille,des mots-parabole,des mots_perle ,des mots-cristal,des mots-clarté ;
on a dù apprendre les mots du Petit Prince !Si on prêche dans le désert, c'est que ce langage-là n'est pas perçu par les sourds-de-la-transparence et les aveugles-du-mélodieux ...

Je reviens "Aux Moulins De Mon Coeur".

"Comme une pierre que l'on jette
Dans l'eau vive d'un ruisseau,
Et qui laisse derrière elle
Des milliers de ronds dans l'eau "

Et des mots ricochent ...
Ceux de Pierre Bachelet:
"Pierre, c'est un caillou,ça!"

Un caillou, le voilà le lien avec "calcul" celui qui en est l'ancêtre, et dont je vous ai dit qu'il avait une autre acception que celui des mathématiques .
C'est le caillou qui ricoche ;ou celui qui fait "des ronds dans l'eau'.

Une feuille vole ; au passage, je lis:

"A force de marcher vers l'idée qu'on peut avoir de soi,et
celle particulière qu'on peut avoir des autres ,on arrive forcément au terme de sa logique "

Ce caillou qui ricoche, à son départ,il est presqu'une pierre ,qui, au fil de l'eau,s'amenuise ,jusqu'en points de suspension que l'horizon efface ;au rêve de le retrouver!
Ce caillou,qui fait des ronds dans l'eau ,tous ces ronds concentriques ,qui s'agrandissent jusqu'à ce que l'infini dépasse notre entendement ,à la magie de l'écriture de le retrouver!

Où et qui , Jacques a lancé la première pierre de ta chanson?

Je pense frôler la réponse;je la survole ...
Commentaire n°30 posté par Ema Révet le 06/12/2011 à 16h01
Mon cher Jacques,

Je pense à Pierre Bachelet,je trouve qu'il te ressemble,même physiquement : des origines flamandes sans doute.

Il chantait:
"Depuis qu'on espère
Une autre lumière,
Une autre manière
De dire et de faire "
Une autre façon de dire ce que tu chantais ,une autre façon de chanter ce que j'ai dit en entrant ici .
Et directement inspirés de toi, ces mots :
"Tant qu'il y aura l'étoile pour aller plus haut"
...Tant qu'il y aura une femme pour inventer la vie,
Tant qu'il y aura un homme capable de pleurer
Cette infinie distance qui sépare à jamais
Ceux qui courent l'un vers l'autre sans jamais se trouver"

On revient directement à la chanson de Laurent

J'ai la sensation de cycle ,de cycles non fermés , de ronds dans l'eau , des spires ?
Commentaire n°31 posté par Ema Révet le 07/12/2011 à 16h04
Mon cher Jacques,

Et ,si tu avais lu " Le Grand Meaulnes ",que tu t'étais pris d' amitié pour Augustin, que tu aies voulu partir comme lui en quête d'une jeune fille-rêve,ou bien,que tu te sois lié d'amitié pour François et partager ce frisson ,chercher comme eux cette femme d'une nuit ,mystérieuse,"infiniment plus belle que Jeanne (une autre)qu'on apercevait dans le jardin des religieuses",si Alain Fournier t'avait tracé un point de départ, là, à la gare de Vierzon d'où voulait partir le Grand Meaulnes ?

Et si Vierzon était le vrai point de départ de ta chanson ?
Commentaire n°32 posté par Ema Révet le 07/12/2011 à 16h22
Mon cher Jacques,

J'en entends qui disent :il y en a qui coupent les cheveux en quatre ;oui, c'est compliqué tout ça ;TA chanson, il faut dire qu'elle est compliquée !
Il n'y a pas que moi qui pose des hypothèses ,qui essaie de vérifier, sans trop démolir ce que tu as édifié: cette montagne d'interrogations ,cette sorte de jeu de piste ...
Il n'y a pas que moi qui veuille reconstruire un autre édifice
Et tous ces édifices ,ils font boule de neige ;ce serait dommage de faire fondre la neige ...

Tiens ,je pense au jeu de piste ;de cette influence qu'a eu sur toi B.P. quand tu faisais partie de "Franche Cordée"
Non pas son style quasi militaire ,qui faisait hisser chaque matin les couleurs ,pour toi les couleurs belges,ici, les tricouleurs françaises .Il y avait quand même au moins dans ce rituel quelque chose qui fait qu'on n' a pas envie,paradoxalement de se faire la guerre ,que l'on a envie de ♪se donner la main♪...
Il y avait cette B A qui devenait habitude journalière qu'on n'oubliait pas ,tellement elle faisait partie du rituel ;ce rituel devenait cette générosité que tu plaçais à un degré plus haut que la charité ,ce petit plus qui t'a fait dire "on se frère" .
Ce groupement t'a donné les idées de tes premières chansons;on te l'a reproché assez, mais pas trop puisqu'on t'a laissé chanter !
Je suis sûre que tu appréciais ces chansons comme :

"Au détour du chemin ,l'aventure
Nous attend de bon matin
Quand murmure ,Quand murmure
Le printemps"

Et tant d'autres !Une chanson du matin ?

Que ce mouvement te donnait l'envie d'avoir

"Une fleur au chapeau
A la bouche une chanson"

Et tu devais aimer ,avoir ces frissons quand tu jouais à découvrir des trésors ,à travers des pistes jonchées de messages indéchiffrables !Ancêtres de jeux de rôles ,positifs ,en t'apportant des systèmes D,des astuces ...Ce frisson qui prend François et Augustin,lorsqu'ils réfléchissent au chemin perdu ,de leurs doigts impatients,fiévreux sur un "atlas", un cadastre?Toi aussi BP t'a appris à t'orienter ;et tu nous désorientes!

C'est pour ça que tu en as inventé un en écrivant cette chanson? Tu brouilles les pistes ,gentiment ,mais avec cet humour particulier ;comme quand tu dis à ceux qui viennent te voir répéter justement cette chanson là:♪ allez! venez! vous avez vos billets? ♪ cet humour que tu apportes dans ta façon de courir de droite ,de gauche pour faire croire à tous,à nous autres qu'il faut te dépêcher , que quelqu'un, quelqu'une,ou quelque chose va t'échapper?

Sacré Jacques!Tu en fais courir de l'encre sur le papier,faire des facéties de cirque,des images sur les diaporamas ,des films,d'autres façons d'interpréter cette chanson.

Sacré Jacques! Tu sais,c'est un compliment!
Commentaire n°33 posté par Ema Révet le 08/12/2011 à 15h14
Mon cher Jacques,

Le fil de mon écheveau s'est cassé ;j'en ai cherché un bout,puis un autre ;enfin ,j'ai fait un noeud pour les rabibocher.Il s'est cassé ,parce que d'un mouvement trop brusque ,j'ai voulu saisir une feuille ,une de ces feuilles qui jonchent le sol ,tombée là,avec tant d'autres .
Je l'ai trouvée,là,un peu comme toi tu as ouvert ♪Les Fleurs Du Mal ♪,un peu ♪par hasard♪...

(J'ai envie de disserter autour de ce mot -hasard- ce sera pour une autre fois;je crains de casser à nouveau ce fil qui se déroule sans fin,une fin qui par bonheur n'arrive pas ,une fin qui n'arrivera qu' avec l'enroulement d'une autre pelote)

J'accuse le hasard d'avoir cassé mon assurance, de me donner des scrupules ...
*Il m'impose de lire des mots qui s'adressent à toi ,Jacques:"Tu viens de bâtir un pont invisible entre Alain Fournier et toi" ... tu es dans la magie du livre ...Tu es dans la vaporeuse atmosphère ..." L'auteur de ces mots-tu le reconnais- a bien vu nettement le lieu de départ de l'aventure du "Grand Meaulnes": Vierzon ;il n'a "plus envie de déterminer le paysage" où cheminent les jeunes aventuriers ,ni mettre un nom sur l'identité du château perdu ,il le laisse baigner dans le rêve,le mystère" ;lui aussi pense que cet écrivain berrichon " brouille les pistes".

Non! je ne peux pas (pas encore) remercier ce hasard ;il aurait dù me donner cette assurance: me rassurer en m'affirmant que j'avance dans la découverte de ta chanson ,puisque ce hasard étaye mes propos,me donne raison .
Je ne le remercie pas parce qu'il me donne tant de scrupules : il semble m'accuser de copier, de plagier
Il me dit de tout mettre entre guillemets!

Pourtant, je ne me souviens pas d'avoir eu ce modèle en face de mon regerd .
Ou alors ,j'aurais lu ces mots ,avec distraction , un semblant de distraction ;je m'en serais imprégnée tant, que j'ai reproduit ,sans en avoir connaissance prégnante,les mêmes pensées ou la projection de ces pensées.
les mots convergent...

(A cette seconde précise,je suis dans une sorte de confusion, des idées floues ,qui se préciseront , des envies de remercier le hasard .)

Les mots convergent;dans ce point d'impact, je sais que le "hasard- dirigé" m'a fait retrouver ,Jacques,un peu la trace qui t'ont emmené dans ta chanson ;je ne dis pas que c'est ton premier pas ;les pas se suivent ...en se retournant,on en voit les traces -celles que tu as vues ,en te retournant ,en lisant le Grand Meaulnes tu as pris "le pont invisible entre A Fournier et toi", tu as pris la démarche des poètes .Quand ,je dis "tu" ,je sais de qui je parle .Je devrais dire,vous avez pris la démarche des poètes .

Je ne suis pas poète ; je suis mon raisonnement ("suis": infinitif suivre et non pas être)

J'ai voulu rendre visible "le pont invisible" ;pour ce faire, je suis allée fouiller dans la vie d'Alain Fournier.A travers des broussailles ,j'ai découvert une piste ,celle que tu as prise, Jacques !
(Je sais ,c'est ton secret ;Je m'approprie tout de toi ,même les clés de tes mystères ...)
Jeune, Alain et ♪sa soeur♪,ont trouvé le château en ruines, le château des rêves ,une ancienne abbaye ,rien de très précis .
Ce qui se précise,autant qu'une carte géographique, c'est son emplacement:

Au nord du département du Cher! Suivez mon regard !
En même temps,écoutez LA chanson! Et lisez "Le Grand Meaulnes"!
Commentaire n°34 posté par Ema Révet le 10/12/2011 à 16h16
Mon cher Jacques,

L'instantané va disparaître, justement parce qu'il s'agit d'instantané .

Je pense que c'est le moment de remercier le hasard !
J'en ai eu l'intuition ;toutefois mes pensées vont plus vite que mes doigts qui voudraient courir sur ce clavier, plus rapidement que le son, plus rapidement que ces idées qui se bousculent au portillon, qui anticipent!

J'ai eu la certitude de devoir ma gratitude quand j'ai pensé :les mots convergent ,en un point d'impact.Cette rencontre se fait grâce à ce petit air de reconnaissance :tu me plais, je te plais ,on se ressemble un peu,c'est merveilleux!
Alors,ils se complètent, ils s'épousent pour donner naissance à de nouveaux mots ;ces nouveaux mots à leur tour renaissent;dans cette renaissance, ils ont ce petit air de ressemblance,tout en gardant leur indépendance, leur originalité;puis nouvelles rencontres, nouvelles naissances ,ils peuvent souffrir, rire,ils vivent toujours ;ils ne meurent pas ils sont du monde infini .

Avant ce point d'impact, d'autres mots s'étaient épousés, ont engendré d'autres mots ,ils sont du monde non passé ,non fini.

Tes mots, ceux de ta chanson se déroulent suivant ce même protocole .Intuition ,qui peut devenir raisonnement .

Tu as lu "Le Grand Meaulnes avant "Les Fleurs Du Mal"
Il y a eu rencontre et Ta chanson est née.
Commentaire n°35 posté par Ema Révet le 10/12/2011 à 17h03
Mon cher Jacques,

La tehnologie ,même la plus usuelle m'émerveillera toujours ;pousser un curseur du radio- réveil et un poète de la chanson vient ♪ frérer♪ ici ;il nous dit son âge ;"j'ai dix ans ,si tu m'crois pas dis,t'vas voir ta g...à la récré"
Là-bas ♪ ces gens-là ♪ disent qu'il enfonce une porte ouverte :
"y'a le jour, y'a la nuit..."
Ici, on entend parce que l'on une certaine façon d'écouter:

"Un jour,on m'colle à l'école;
Au bout d'un moment ,on s'ennuie...

...Et la nuit...la nuit
On s'envole dans le ciel bleu.
Ah!Tous les avions que l'on double!
On vole au vent,
On vole en rêvant..."

Alain, avec ses mots de jour, ses mots de nuit me démontre que le hasard ,ton ♪ hasard ♪en fait est celui qui guide ceux qui écrivent,ceux qui rêvent.
Déjà, tu lui avais envoyé ce " vent de Belgique" qui "transportait la musique des flons-flons à la française".
Le fil de l'écheveau se dévide;il semble qu'il se soit embobiné autour d'un bigoudi: il frise .
Toi qui n'as connu sans doute que le téléphone filaire ,observe ce fil ;un peu comme un ressort ;pas rectiligne comme le serait le fil tendu à l'extrême , pas une ligne droite.
Tout à coup, je comprends pourquoi l'artisan a donné ce qualificatif -en colimaçon- à cet escalier; un artisan devenu poète,ou artiste, en observant les spires de la coquille de l'escargot.

Cette sensation de cycles non fermés ,de "ronds dans l'eau " se précise . Cette impression de plagiat disparait .
Les mots se frôlent à une intersection:c'est la rencontre,
ils continuent ,ronds dans l'eau ,leur ronde , autrement .
Ils dessinent des spires ,ils dansent en spirales ...
...comme les pas du saphir qui court sur le microsillon qui nous fait entendre ta chanson...
Commentaire n°36 posté par Ema Révet le 11/12/2011 à 16h47
Mon cher Jacques,

Je voudrais te dire :je m'étonne moi-même :je n'ai pas osé dire en toutes lettres ta ...gueule; c'est un gros mot ;tu en dis des gros mots et moi aussi quand je répète les tiens .
♪ Faut dire ♪ que tout à coup, j'ai eu envie de t'appeler Jacky ,j'ai entendu l'enfant dans ta chanson ;on ne doit pas dire de gros mots aux enfants ,par respect ,parce qu'un enfant, c'est candide ,c'est naïf...
Tu brouilles les pistes ,pourtant ,ton naturel revient ... (...au galop!).
*Est-ce le fait que je perçoive ce gazouillis ,ce zézaiement
dans ces allitérations en [Z]?
*Ou est-ce cette impression de comptine que sont ces répétitions ,ces refrains ?
Une de tes chansons me revient:
Je reconnais la comptine:
"Nous n'irons plus au bois..."
Que tu accommodes " à la mode de chez" toi:
♪La colombe est blessée♪.
*Ou bien, parce que je t'entends cancahéner ,tu sais,comme dans ce jeu:
"J'en ai marre,marabout,bout de ficelle"...
Voici un autre ami ,Serge,qui entre ici:il continue:
"C'est la vie,vie de chien,chien de temps,tant qu'à faire ,faire les cons,qu'on se marre..."
C'est une impression diffuse ,mais assez nette pour que je puisse l'étayer par le souvenir de l'interprètation d'un "Papy De La Forêt d'Othe" -Jean Martin ; il ne peut pas chanter,gratuitement ,je veux dire sans motif ce
On a vu Gainsbourg"
Commentaire n°37 posté par Ema Révet le 12/12/2011 à 14h17
Mon cher Jacques,

Je sais que'on ne peut pas qualifier ma démarche de scientifique ,quand je vais chercher ces "étais" chez d'autres pour vérifier mes intuitions,mes hypothèses;j'ai besoin de ces clins d'oeil pour me rassurer,de la même façon que je voie,en deça des appels de phare des croisements de la nuit, un petit signe de solidarité...

Oui, me rassurer;ce doit être ça ce que j'appelle frôlement
à une intersection ,à un croisement ;puis accepter de trouver, un peu♪ au hasard ♪ cette convergence; enfin ,ensemble,même si l'on se démarque un peu, continuer cette démarche ;pour arriver à cet indéfinissable .
Commentaire n°38 posté par Ema Révet le 12/12/2011 à 16h07
Mon cher Jacques,

Oui, ta chanson a un goût d'enfance;quand j'y entre plus profondément,je te vois grandir plus rapidement que nature ;tu grandis à cette vitesse effrénée
qu'est le rythme de la musique qui accompagne tes mots;on dirait que tu es suspendu entre ciel et terre.
Comme pour me donner raison,à côté du PC de ton ami,la pochette d'un disque accapare mon regard ;je lis des mots que je devine être du flamand -"dat ik nog centen had" , je ne les comprends pas ;ce doit être ta signature , ton sceau en quelque sorte;je lis aussi "live concert 1964 " ("live": la vie (comme si tu n'étais pas toujours vivant!); je sais, cela signifie qu'il s'agit d'une vidéo enregistrée en direct .
Mëme si tu as décidé de ne plus te produire en public ,tes chansons écrites , enregistrées après1966, sont des "live concerts"
Le titre de cette vidéo ,ce n'est pas ♪Vesoul♪, c'est ♪Jef♪;...
Est-ce toi qui as demandé au photographe de t'étirer à l'extrême?
Dans cette pochette, on pourrait glisser le 45 tours de la Vierzonnaise ;tu es cet adolescent qui a grandi trop vite ,un jeune adulte en devenir ...
Mais où cours-tu si vite? Qui ou quoi cherches-tu?
Est-ce si secret, si profondément toi-même ,que tu juges nécessaire ,pour préserver ta pudeur, de nous égarer sur des fausses pistes ,de ne nous donner que des pièces disparates ,dégotées dans les tiroirs de ta mémoire,ou sur des chemins d'espace qui n'appartiennent qu'à toi.
Tu nous laisses un legs un peu incohérent ;tu nous laisses le soin de recoudre tous ces morceaux -pour employer un terme musical!
Commentaire n°39 posté par Ema Révet le 13/12/2011 à 14h03
Mon cher Jacques,

J'ai la connexion du Web, sur le'ordi de ton ami, à côté de moi.
Je clique sur une vidéo ;des mots en grands caractères d'imprimerie barrent la diagonale :EXCLUSIVITE;Celui qui a filmé savait qu'un futur continuerait ton présent ;il a
soigneusement fixé ces images qui te montrent en pleine répétition de Ta chanson.
Tu cours d'un endroit à l'autre,tu accueilles ceux qui sont venus te voir avec humour :ils n'ont pas besoin de billet pôur te voir gratter ta guitare,ni pour t'entendre chanter!
Tu leur demandes si ça va bien;tu répètes ce mot: ♪bien♪,d'un ton péremptoire,pour couper court à ?;j'ai dans l'idée que tu n'as pas envie qu'on parle de toi et surtout qu'on ne demande pas que tu t'expliques !
Tu chantes dans une langue universelle ,pourtant incompréhensible,celle des onomatopées :
♪ la...la...la...é...é...é...on...on...on...♪
Dans ce comité restreint, aurais-tu peur que l'on te demande la signification des mots -noms de lieux ou de personnes -que tu énumères ,en sautant du" coq à l'âne"
Cherches-tu un havre où te réfugier, comme" les musiciens de Brême?" Tu ne veux pas me répondre!à moi de trouver!
Pendant cette répétition,tu es tout à la cadence de la musique ,dont tu bats la mesure de ton soulier vernis .
La guitare et ses éclats de rire remplacent les mots .
A ton petit air un rien cachottier, un rien persifleur ,j' entends bien qu'elle ne rit pas ta guitare !
D'ailleurs quand tout te semble ♪parfait! ♪,je n'entends plus ta guitare,elle fond en sanglots;l'accordéon prend sa place;il souffle, s'essoufle,soupire,inspire à grands coups pour reprendre son souffle,respire...même si tu cries que tu aimerais qu'il expire...
Et, pourtant, tu caches tout ça, au rythme d'une valse endiablée!
Tu as dù la danser avec Barbara;ce ne serait pas la première fois!Quel beau couple vous faites tous les deux!Vous la valsez "dans le petit bois de Saint-Amand"...
...Montrond?
Bien sûr!
Quelle question!
Commentaire n°40 posté par Ema Révet le 14/12/2011 à 17h14
Mon cher Jacques,

Ce doit être cet éclat de rire que Jiretinsky a retenu de Ta chanson!
Et d'autres choses...
Il l'illustre avec des images loufoques de films comiques tournés par Pierre Richard .De ces bouffonneries, émerge cette idée d'absurdité voulue de tes propos ,ceux que certains jugent incohérents .
En observant ce diaporama de plus près,on comprend que les pièces de cet autre puzzle n'ont pas été choisies ,comme ça,n'importe comment .
On retrouve ce rythme affolant dans le rythme affolé des pitreries de l'acteur.
Comme toi qui fais des prouesses d'élocution,Le Grand Blond fait des accrobaties comme tenir debout dans une caravane en marche .Dans cette situation pour le moins inédite,il n'ira ♪pas plus loin♪ :il sort par le lanterneau .Et toi,comment te sors-tu de cet embrouillamini de villes?
Il jongle avec de la vaisselle comme toi tu jongles avec les mots .
Il est pris en ôtage ;et toi, ne l'es-tu pas aussi ? Après quoi, ou qui cours-tu comme un dératé ?

Cette interprètation a l'avantage d'être originale du fait de ce copié-collé du rythme et des images, et la reconnaissance des choses cachées sous l'apparence de la farce ,de la plaisanterie .
Incomplète,elle ne me satisfait pas tout à fait.
Commentaire n°41 posté par Ema Révet le 15/12/2011 à 12h28
Mon cher Jacques,

Le hasard vient souvent à moi de lui-même, tout au moins ,c'est l'impression qu'il me donne.Il arrive sous la forme d'un mot, d'une phrase, d'une chanson...
Il y a aussi un hasard ,qui semble venir à moi, comme s'il était dirigé .C'est toi qui es l'instigateur de cet état de fait .
Je te pose des questions;tu n'y réponds pas directement;d'ailleurs, tu ne dis jamais rien;tu poses des balises pour jalonner mes recherches ;ton silence est éloquent ;tu me dis, sans me le dire vraiment:"cherche l'erreur s'il en est ,cherche et tu trouveras!"
Ce hasard,que je qualifie de dirigé,je le trouve dans ces vidéos originales des interprètes de Ta chanson.
J'ai commenté celle de Jiretinsky,j'ai évoqué celle de ce Papy de la Forêt d'Othe , Jean Martin ; je sais ne pas tout avoir exprimé ,je sais que j'y reviendrai .
Tu es d'accord?;tu as voulu te mettre un masque,celui d'un ...jacques (!)
Le groupe "Louise Attaque"te donne raison ;il accentue cet aspect puéril par des [yeu],des [z] à la place de ♪je♪
Les [on] se changent en [an],comme au fin fond des campagnes d'antan ,quand la transmission des mots étaient oroales , pas fixées par l'écrit.Il force sur les phonèmes nasaux pour te prêter une voix nasillarde.
On n'entend plus l'éclat de rire, le tien,celui qui veut donner le change.
On ne l'entend ni dans ce groupe ,ni dans l'interprétation de Monsieur Li .
Ils te prennent au mot :pas d'accordéon puisque tu en as ♪horreur♪!
L'accordéon est remplacé par le violon ,un violon qui gémit ,qui ne souffle pas ,qui souffre .
Moi aussi, je sens cette souffrance sous-jacente ;tu ne veux pas l'exprimer à visage découvert;tu as trop de pudeur .
Commentaire n°42 posté par Ema Révet le 16/12/2011 à 14h20
Mon cher Jacques,

Je me hasarde à parler de l'ossature des mots de Ta chanson:la musique .(quelle est l'ossature? Qui du mot ou du son est né le premier? Qu'importe! puisque tes mots et ta musique sont synchronisés )
Je dis bien: je me hasarde :je n'ai ,malheureusement pas de culture musicale;toutefois,sans prétention ,je suis mélomane,contemplative ,sans être passive .Ce que je puis dire de la musique,ce n'est qu'un ressenti,du domaine des émotions.Comme il s'agit d'un état subjectif,je vais peut-être faire sortir de leurs gonds les spécialistes.
Je voudrais parler de la voix:n'est-ce pas le premier des instruments de musique?
Tu sais moduler la tienne à volonté.La voix de Cette chanson-là n'est pas la même que celle de ♪ne me quitte pas♪et pourtant,j'ai cette impression floue, lointaine que ces deux chansons mènent à la même finalité...
Commentaire n°43 posté par Ema Révet le 17/12/2011 à 14h40
(je veux préciser que cette impression n'a rien à voir avec
ces jugements entendus à propos de ton soi-disant trop-plein d'humilité qui te ferait ramper,meme si c'est toi qui aiguilles ce jugement) )

Ta voix veut nous dire,par sa voulue virtuosité,ce que j'ai déjà dit;tu veux passer vite,pour qu'on ne s'arrête pas dans les villes de cet itinéraire abracadabrant,pour qu'on ne s'invite pas chez ces personnes disparates ;tu veux aussi nous faire croire qu' "on" te force à courir,que tu es l'esclave ,en quelque sorte d'un aimant qui te magnétise ,en dehors de ta volonté ;on ne connait pas la nature de cet aimant.(j'ai la curiosité de la découvrir !)
Bien sûr,tu te rebiffes: ♪ tu n'iras pas plus loin ♪
Jean Martin veut nous convaincre que c'est toi qui mènes le jeu face à ce partenaire hypothétique;au fond,il t'a un peu démasqué ,et insiste sur ta supériorité à dominer la situation !
Monsieur Li et Louise Attaque respectent ce parti que tu as pris : chasse privée, chasse gardée .
Sans dire que leurs voix soien antagonistes,j'entends des nuances dans leur version,des différences d'intensité ;M. Li ,d'un timbre qui résonne traduit davantage tes contradictions .Louise Attaque tremble et crie en même temps ;il semble capituler ,et ,finalement ,il est excédé .

Ainsi d'autres voix que la tienns se risquent à accompagner les mots de ta chanson.
D'autres orchestrationsaussi ;J Martin a gardé l'accordéon,les autres ont préféré des instruments à corde ,pour exprimer le gémissement .J'entends particulièrement la batterie de Louise Attaque :ce style rock met particulièrement en valeur les pulsations rythmées du battement de ton coeur ,une autre manière de montrer ton essoufflement .
Soudain,je me demande quelle aurait été l'interprètation d'Abdel Malik ;une version rap serait la bienvenue .

(vous vous demandez c'est de Brel ou des autres dont elle veut nous entretenir?!
Je vous réponds que je cherche ,à travers d'autres points de vue ,à déchiffrer le message de Jacques .)

Oui,j'imagine ce que ce jeune fan de toi aurait fait de ce rythme à trois temps!je le verrais bien rétrécir la longueur de tes pas ,en trois points,l'allonger en trois traits ,de nouveau la rétrécir en trois points.
Comme ça:
... - - - ...
Toi qui as été scout ,traduis ce message en morse;tu as trouvé ?
S O S

A qui lances-tu ce signal de détresse,à toi? à un ou une autre? à un objet? à une idée?

Motus et bouche cousue ...
Ce silence ,je le frôle en regardant la vidéo de ce "Papy"-J. Martin.
En même teùps qu'il interprète La chanson,il parle avec ses mains ;il démontre qu'il a compris ,lui aussi,que tu parlais d'un langage inconnu ,un peu celui D'Emmanuelle Laborit,qu'elle avait créé dans son mur du silence ,mais oui, Jacques, tu chantes "Le Cri De La Mouette"
Commentaire n°44 posté par Ema Révet le 17/12/2011 à 19h21
Mon cher Jacques,

"Le cri de la mouette",je le pousse comme un cri de victoire,en crescendo ;toi,tu en as l'habitude ,tu le fais mieux que moi!
Je fais des crescendos quand le tapis volant m'emporte plus au-dessus de cet état d'apesanteur dans lequel je me trouve quand j'écris ;je flotte dans une atmosphère vaporeuse,d'une extrême légèreté ;une autre vie me porte,m'emporte...
J'ai crié ma victoire;j'ai gagné une bataille;j'ai trouvé des alliés qui m'étaient jusque-là méconnus:ils se sont unis à moi pour prouver que tu ne t'es moqué de personne dans Ta chanson ; je n'étais pas vraiment seule ,mais l'union fait la force ,et ces démonstrations ont presque la valeur de syllogisme.
Car, tu le sais ,toi! Une idée paranoïaque a envahi certains esprits à tel point que cette idée que tu "te fichais de leur gueule",est devenue un véritable préjugé avec tout ce que ce concept implique de frontières, de limites...
Commentaire n°45 posté par Ema Révet le 18/12/2011 à 18h13
Mon cher Jacques,

Encore la certitude que des mots en appellent d'autres,que des pensées en font ricocher d'autres ...

Des limites,des frontières ...
Toi, ne veux-tu pas les franchir en volant sur le tapis volant?Qu'il est bizarre ton voyage!
Mon intuition me suggère où tu veux en venir,où tu veux allar.Trop tôt pour en parler!
Je sais juste que je n'ai pas dit ♪ au hasard ♪

On ne sent plus la guerre,
Tout ça est oublié.

Ta chanson sent la guerre...puis autre chose

J'éprouve un grand étonnement:personne ne s'est risqué à commenter cette vierzonnaise ;je veux dire en faire l' analyse,puis la synthèse avec des mots ,un texte expliqué.
J'ai dù essayer dans un autre temps ;je sais que je n'ai pas tout dit ,qu'en cet instant il me semble découvrir une partie de l'essentiel .
Commentaire n°46 posté par Ema Révet le 19/12/2011 à 16h13
Mon cher Jacques,

Je ne veux surtout pas déprécier la qualité des artistes qui ont interprété,d'une façon si originale ,Ta chanson!
Je m'étonne juste de n'avoir lu aucuns commentaires de ton texte, hormis celui de ton ami; aucuns biographes n'en parlent vraiment ;j'ai dù lire une ébauche à propos de ce paradoxe entre ton ♪ horreur de l'accordéon ♪, et la musique synchro qui dit le contraire .S'l en est d'autres ,qu'on vienne me les montrer !Tout ce qui a trait à toi m'intéresse!

Je reviens aux artistes que j'ai vu interprêter la vierzonnaise.C'est certain:ils ont analysé ton texte;leur suggestions sont des synthèses,je l'ai montré .
Jean Martin traduit particulièrement bien ta supériorité sur "l'autre" dans ce voyage;il prend un ton persuasif, assuré qui enlève complètement ce masque d'homme asservi qui court après -il faut bien lui donner un nom-une chimère .
(nom provisoire,qu'on appellerait X en mathématiques)
Son langage muet, ses gestes ,montrent l'opposé des directions de ♪ Bysance et du Cantal♪Il sait pertinemment que tes mots le dépassent;il les transforme en
"J'ai horron de tous les Flons-Fleurs
De la valse,musons,del'accordéonneur"

...des mots presque plus poétiques que les tiens !

Avoue! Tu as écrit des chansons beaucoup plus poétiques !
Celle-ci est singulière,elle est hermétique!
C'est une chanson ... philosophique...
Commentaire n°47 posté par Ema Révet le 19/12/2011 à 19h11
Mon cher Jacques,

Mon écheveau se dévide ...

En même mes pensées se dévident; si elles n'intéressent personne ,tant pis!
Toutefois,j'y crois encore .

Ce palais de lumière ,c'est celui de l'imagination-l'art de créer des images, en soi et pour les autres.
Je n'ai pas à en persuader les bien entendants du mélodieux et les voyants de la transparence...
Ceux qui restent ,s'ils entrent ici par hasard ou pour un autre motif , en ressortent vite,,sans comprendre ,et s'il en restait ne serait-ce qu'un?

En pénétrant ici,j'ai voulu faire une sorte d'offrande ,faire aimer ce son clair et cristallin ,celui qui se répercute en échos,ricoche en faisant des rondes dans l'onde ,cette perle que l'on se passe de poète en poète comme à un jeu de relais ,j'ai nommé le mot , ou le Verbe ;après leur rencontre,ils coulent le long d'une spirale ,s'étirent en phrases,en textes ,en images qui perpétuent le temps,♪ infiniment♪, en rivière de diamants :la Poésie .

J'avais aussi une autre priorité :faire tomber les tabous,qui ont ridiculisé Ta chanson,l'élever au dessus de la matière terre ,montrer que tu montes toujours plus haut ton idée, que tu l'ériges en concept :c'est la philosophie.

Par exemple, combien sont persuadés que tu cours ,niaisement après une femme ;ce "Papy de la Forêt d'Othe ",dessine une silhouette féminine en disant "ta soeur" Et si toi,tu t'adressais à une muse quand tu parles d'Hortense,de ta mère? Muses la méditation, la voix , la mémoire? Il doit t'arriver de souffrir de ne pas avoir d'inspiration ,toi qui as assuré que tu pouvais te passer de chanter mais surtout pas d'écrire .
Elle te possède cette addiction:écrire égale plaisir.
Ce n'est pas la muse-inspiration que tu recherches dans Ta chanson, c'est la muse-rêve qui mène à un idéal de vie ;tu le trouves en ouvrant le livre de Baudelaire ,l'idée de Ce voyage,de ♪ prendre un train que tu n'as jamais pris ♪ pas un voyage de terrien ,le voyage -liberté, peut-être le dernier voyage pour atteindre l' ♪ étoile ♪ que tu as cru ♪ innaccessible ♪...

Ce désir d'écrire ,ce plaisir,c'est celui qui me dynamise quand je dis:

Même si je suis du temps où les feuilles se meurent,
Je ne suis plus ♪ dans le temps♪ figé ♪ qui attend ♪
Mourir ,c'est pour l'hiver; naître ,c'est au printemps,
Dans ce temps joli des matins tendres et verts.
Dans mon jardin secret,je rêverai les fleurs
Et ♪ mon temps sera toujours celui qui espère ♪

Cette interprétation du Papy ,qui se termine par un sifflement,celui d'un train c'était donc ça?

Moi aussi,j'ai entendu le train qui emportait un voyageur solitaire, inconnu ;je sais maintenant que c'était ma muse;
Une muse ,silhouette derrière des vitres presque opaques,à peine translucides qui me dictait ceci:

Et les fenêtres défilent à l'horizontale
Comme les mots qu'en phrases ,on a envie d'écrire...

Je me suis cognée contre ma désespérance;:

Les fûts des pins s'alignent droits à la verticale,
Aux barreaux d'une prison,en tout point semblables ...

J'ai trouvé ma délivrance:

Je saisis les barreaux,les arrache à la terre,
J'entre dans les espaces agrandis de lumiére,
J'arrive dans le mystère des mots qui libèrent...
Commentaire n°48 posté par Ema Révet le 20/12/2011 à 15h06
Mon cher Jacques,

"Et j'entends siffler le train..."

La fusée qui m'a propulsée dans ton cosmos donne des signes de faiblesse;les ressorts de la spirale craquent ,et avec lui,s'enroule définitivement le dernier brin de l'écheveau sur la pelote.

Aux commandes: la terre .

Le tapis volant ne vole plus;il est là recroquevillé,au sol !Adieu ♪Bysance♪!

♪ Il faut bien que le corps ♪ se nourrisse!

Je dois ♪ déchirer la fin du livre ♪

"J'ai pensé qu'il valait mieux
Nous quitter sans un adieu.

Et j'entends siffler le train...
J'entendrai siffler ce train toute ma vie..."
Commentaire n°49 posté par Ema Révet le 20/12/2011 à 15h21

La vidéo d'AnversE

P1000476

 

Pour voir la vidéo d'AnversE, cliquez sur cette photo

Brel et le tracteur Vierzon

P1000147.JPG

 

Pour suivre l'aventure du tracteur de Vierzon (le 302 de Daniel Donin de Rosière) sur la route d'AnversE, cliquez sur la photo.

T'as voulu voir Vierzon...


 

 

VierZoul

T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours

T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours
Et je te le dis
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéeon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
T'as plus aimé Paris
Et on a quité Paris
T'as plus aimé Dutronc
Et on a quitté Dutronc
Maintenant je confonds ta sœur
Et le mont Valérien
De ce que je sais d'Hortense
J'irai plus dans l'Cantal
Et tant pis pour Byzance
Puisque j'ai vu Pigalle
Et la gare Saint-Lazare
C'est cher et ça fait mal
Au hasard

Et je te le redis chauffe Marcel
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens kaï kaï
Le voyage est fini
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon

T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours

T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon... chauffe... chauffe
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours ... Chauffez les gars

Mais mais je te le reredis ... Kaï
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard

J'ai voulu voir

J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Enfin ! La ville s’endormait et j’en oublie le nom. Mais non. On n’oublie rien, on n’oublie rien du tout, on n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout. Ni ces départs, ni ces navires, ni ces voyages qui nous chavirent, de paysages en paysages et de visages en visages…

J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. De près. De l’intérieur. Pour mettre un contenu dans un nom propre, des arêtes et des toits autour d’une ville abstraite. Je suis arrivé mais pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi déjà et où aller, n’ai-je jamais rien fait d’autres qu’arriver par la nationale 20. La route de mes tournées avait parfois le goût des chemins de traverse. Je ne sais pas pourquoi la route qui me pousse vers la cité, a l’odeur froide des déroutes de peuplier en peuplier. 
       J’ai aperçu le panneau « Vierzon », avec ses lettres noires dans son rectangle blanc aux bords rouges. Et j’ai souri. Et j’ai pris conscience aussi des conséquences de ma chanson, de ce quelle a permis de Vierzonner Vierzon, vous savez, comme Bruxelles bruxellait. J’ai suivi la route jusqu’à user sa pente, dans le centre de cette ville. Je n’ai pas vu de cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne. En creusant ma balade dans la tendresse de l’été, j’ai eu cette surprise de caresser un canal. Pour une fois celui-ci ne s’était ni perdu, ni pendu. Il y a des évidences qu’une chanson éternise. 
        J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. J’ai quadrillé la ville pour remplir de ce qu’elle est dans ce que j’ai du, un instant, l’imaginer en la nommant. Je ne sais pas pourquoi ces rues s’ouvrent devant moi une à une, je ne sais pas pourquoi la ville m’ouvre ses remparts de faubourgs, pour me laisser glisser fragile, sous la pluie parmi mes amours. Et je me suis assis, quelque part que je ne sais pas nommer, sur une place vibrante d’air chaud où pas même ne paraît un chien. 
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Comme un parfait inconnu qui n’a aucun bagage à poser mais seulement des chansons que j’aurais pu chanter. Je suis passé devant le théâtre, dommage il était fermé. Mais il était trop tard, peut-être, aussi, pour chanter « Tas voulu voir Vierzon » comme une explication, à Vierzon.
       Allez, on m’attend quelque part comme on attend le roi. Mais on ne m’attend point. Je sais depuis déjà que l’on meurt de hasard en allongeant le pas. J’ai allongé le mien jusque dans les recoins où ma chanson a pu se glisser pour la remplir des souffles de cette ville que je ne connaissais pas. Car je peux bien le dire maintenant, je n’en connaissais rien. Ni ses airs de sous-préfecture fêtant la sous-préfète, ni ses histoires murmurées, ni ce succès… un peu ma faute ou grâce à moi ?
Allez, ce n’est pas que je n’aime plus Vierzon que je le quitte, j’ai de la route jusqu’à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs. Et je dois passer voir Hortense, et voir Byzance, et la gare Saint Lazare. Chauffe, chauffe, chauffe, Marcel.
 

 
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