A quand une place Jacques Brel...
à Vierzon.... ?
VierZoul
Vierzon (c'est le départ) ...Vesoul (c'est fait) ...Honfleur (c'est fait) ... Hambourg... AnversE (c'est fait)... Paris (c'est fait)... Dutronc... le mont Valérien... le Cantal... Byzance... Pigalle... la gare Saint-Lazare
à Vierzon.... ?
Vesoul
T'as voulu voir Vierzon
V comme Vesoul et V comme Vierzon... En 1968, Jacques Brel enregistre sur son album intitulé “J'arrive”, une chanson singulière. Sans le savoir, elle offre à Vierzon, une extraordinaire notoriété, toujours d'actualité. La chanson porte le titre Vesoul mais elle commence par ces deux vers « T'as voulu voir Vierzon, et on a vu Vierzon ». Impossible d'échapper à la rengaine. L'image de Brel et celle de Vierzon sont depuis soudées dans une valse atypique.
Quelques semaines après la sortie du disque, une équipe de télévision se rend à Vesoul pour réaliser un reportage (archives INA). Les Vésuliens et son maire de l'époque, avec un accent taillé dans le bois, témoignent de leur satisfaction qu'un grand chanteur comme Jacques Brel immortalise Vesoul dans son oeuvre. Aucune caméra de télévision à Vierzon. Aucun signe extérieur non plus de satisfaction locale. La chanson passe sur la ville sans s'y arrêter.
La légende raconte qu'un soir, après un repas pris dans un restaurant de la ville de la Haute-Saône, la patronne demande à Jacques Brel, « pourquoi ne feriez-vous pas une chanson sur Vesoul ? » Brel promet... Signe le livre d'or. Et s'en va.
Vesoul content,
Vierzon indifférent
Pendant ce temps-là, à Vierzon, il ne se passe rien. Vesoulest pourtant l'un des plus gros succès commerciaux de Jacques Brel. Rien qu'un long silence enfoui comme si cette chanson est une bêtise inavouée. Ce qui est palpable, c'est qu'elle n'est pas vraiment la bienvenue dans le coeur des Vierzonnais. Dans les années 1980, seulement,le maire de Vierzon, Fernand Micouraud fait pourtant barrer deux pages de son journal municipal d'un « J'aime Vierzon et Brel ». Mais chanson et chanteur sont expédiés en à peine deux lignes. Circulez, il n'y a rien à voir !
Une petite rue nichéeprend ensuitele nom de Jacques Brel, dans un quartier pavillonnaire. Mais ce sera tout pour le grand homme, à Vierzon du moins. A plusieurs reprises, il chante àBourges, la Préfecture voisine de trente kilomètres, à la Maison de la culture notamment. Il ne vient jamais chanter à Vierzon. Y-a-t-il seulement mis les pieds ? En a-t-il franchi les frontières sur les sièges de sa DS lors de ses innombrables déplacements ? A-t-il simplement choisi Vierzon par hasard pour voisiner avec Vesoul, dans un strict souci phonétique ? On raconte que le grand Jacques se serait arrêté au Buffet de la gare de Vierzon. On raconte aussi tout et son contraire. La légende a pris le pas sur la réalité historique.
Pourquoi une ville entière refoule-t-elle, jusqu'à l'énigme psychanalytique, le fabuleux statut que permet cette chanson, sur les lèvres de plusieurs générations ? Faites l'expérience : citez Vierzon, la réponse est d'une évidence déconcertante « Ah, t'as voulu voir Vierzon ! » Les anecdotes en la matière foisonnent et montrent nettement que Vierzon est connue et reconnue grâce à la chanson.
C'est peut-être dans les plis invisibles du texte et dans ses non-dits, qu'il faut chercher la solution d'un tel reniement. Vierzon et les Vierzonnais croient toujours que Jacques Brel s'est moqué d'eux. Il est vrai qu'une interprétation retrouvée sur internet peut prêter à confusion : Jacques Brel utilise, en introduction, le ton d'un personnage précieux et interprète le début de sa chanson avec de l'ironie plein la bouche.Mais dans aucun des mots écrits par Brel ne transpirela moindre moquerie. Pas plus pour Vierzon que pour Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers etc. Il raconte juste les caprices d'une femme qui se lasse très vite des endroits où elle se trouve. “T'as plus aimé Vierzon, on a quitté Vierzon...”
Vierzon a vu Vesoul
Pourquoi, cependant, Vierzon s'est-elle sentie atteinte dans son image alors que Vesoul, par exemple, a joué le jeu en baptisant un collège, une place et un festival du nom de Jacques Brel ?
En 2009, intrigués et soucieux de réparer cette erreur, des Vierzonnais bréliens et des amoureux de Vierzon venus d'ailleurs,accompagnés du maire, décident de se rendre à Vesoul, avec un... tracteur Vierzon, production de la Société Française de Vierzon (SFV).
La délégation est reçue officiellement par la municipalité de Vesoul dont l'adjoint à la culture chante... Brel, à la guitare ! Des cyclotouristes vierzonnais avaient précédemment relié les deux villes-soeurs en plusieurs jours pour les beaux yeux de Jacques Brel et de l'exploit sportif. Pour la première fois depuis plus de quarante ans, Vierzon a donc vu Vesoul ! En 2010, bis répétita mais à Honfleur cette fois-ci,la même délégation vierzonnaise, accompagnée de Vésuliens de la première rencontre,est reçue en grande pompe, avec Brel et toujours le tracteur Vierzon, pour trait d'union. Le périple ne s'arrête pas là. En avril, le groupe brélien relie Anverse, mais Anverse dans la Nièvre, un lieu-dit attaché à la commune de Glux-en-Glenne. Pour le symbole et le clin d 'oeil. Et le groupe compte aller dans toutes les villes et les lieux de la chanson.
En août 2010, Marcel Azzola est l'invité du festival vierzonnais « Les estivales du canal ». Il confirme : la chanson a failli s'appeler Vierzon-Vesoul puis Azzola-Vesoul. Mais seul Vesoulest resté, pour une histoire de jaquette de disque nous a t-il confié.
Assis à la terrasse d'un café, face à la gare, Marcel Azzola raconte que Jacques aurait (le conditionnel est de rigueur) parlé de Vierzon et de Vesoul dans sa chanson car son envie de trouver un bar ouvert la nuit aurait mué en frustration inégalable. D'où ce souvenir précis de Vierzon... L'explication vaut ce qu'elle vaut. Toujours est-il que l'innacessibleétoile de Jacques Brel brille au-dessus de la ville. En 2009, le maire de Vierzon promet, à la mairie de Vesoul, que l'actuelle place de la gare de Vierzon portera le nom de Jacques-Brel. Il n'est jamais trop tard...
Un collectif baptisé VI (Vierzon)-VE (Vesoul) BREL,né de la volonté des membres de la délégation brélienne, veille à la mémoire du chanteur dans la sous-préfecture du Cher... L'ombre de Brel n'a jamais autant plané sur la ville.
Vierzon de A à Z, de Rémy Beurion aux éditions Alan Sutton, 16 euros
T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours
T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours
Et je te le dis
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéeon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
T'as plus aimé Paris
Et on a quité Paris
T'as plus aimé Dutronc
Et on a quitté Dutronc
Maintenant je confonds ta sœur
Et le mont Valérien
De ce que je sais d'Hortense
J'irai plus dans l'Cantal
Et tant pis pour Byzance
Puisque j'ai vu Pigalle
Et la gare Saint-Lazare
C'est cher et ça fait mal
Au hasard
Et je te le redis chauffe Marcel
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens kaï kaï
Le voyage est fini
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Vierzon
Et on a vu Vierzon
T'as voulu voir Vesoul
Et on on a vu Vesoul
T'as voulu voir Honfleur
Et on a vu Honfleur
T'as voulu voir Hambourg
Et on a vu Hambourg
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours
T'as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon... chauffe... chauffe
T'as plus aimé Vesoul
Et on a quitté Vesoul
T'as plus aimé Honfleur
Et on a quitté Honfleur
T'as plus aimé Hambourg
Et on a quité Hambourg
T'as voulu voir Anvers
Et on n'a vu qu'ses faubourgs
Tu n'as plus aimé ta mère
Et on a quitté sa sœur
Comme toujours ... Chauffez les gars
Mais mais je te le reredis ... Kaï
Je n'irai pas plus loin
Mais je te préviens
J'irai pas à Paris
D'ailleurs j'ai horreur
De tous les flons flons
De la valse musette
Et de l'accordéon
T'as voulu voir Paris
Et on a vu Paris
T'as voulu voir Dutronc
Et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur
J'ai vu le mont Valérien
T'as voulu voir Hortense
Elle était dans l'Cantal
J'ai voulu voir Byzance
Et on a vu Pigalle
À la gare Saint-Lazare
J'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Enfin ! La ville s’endormait et j’en oublie le nom. Mais non. On n’oublie rien, on n’oublie rien du tout, on n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout. Ni ces départs, ni ces navires, ni ces voyages qui nous chavirent, de paysages en paysages et de visages en visages…
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. De près. De
l’intérieur. Pour mettre un contenu dans un nom propre, des arêtes et des toits autour d’une ville abstraite. Je suis arrivé mais pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi déjà et où aller,
n’ai-je jamais rien fait d’autres qu’arriver par la nationale 20. La route de mes tournées avait parfois le goût des chemins de traverse. Je ne sais pas pourquoi la route qui me pousse vers la
cité, a l’odeur froide des déroutes de peuplier en peuplier.
J’ai aperçu le panneau « Vierzon », avec ses lettres noires dans son rectangle blanc aux bords rouges. Et j’ai souri. Et j’ai pris conscience aussi
des conséquences de ma chanson, de ce quelle a permis de Vierzonner Vierzon, vous savez, comme Bruxelles bruxellait. J’ai suivi la route jusqu’à user sa pente, dans le centre de cette ville. Je
n’ai pas vu de cathédrales pour uniques montagnes, et de noirs clochers comme mâts de cocagne. En creusant ma balade dans la tendresse de l’été, j’ai eu cette surprise de caresser un canal. Pour
une fois celui-ci ne s’était ni perdu, ni pendu. Il y a des évidences qu’une chanson éternise.
J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. J’ai quadrillé la ville pour remplir de ce qu’elle est dans ce que j’ai du, un instant, l’imaginer
en la nommant. Je ne sais pas pourquoi ces rues s’ouvrent devant moi une à une, je ne sais pas pourquoi la ville m’ouvre ses remparts de faubourgs, pour me laisser glisser fragile, sous la pluie
parmi mes amours. Et je me suis assis, quelque part que je ne sais pas nommer, sur une place vibrante d’air chaud où pas même ne paraît un chien. J’ai voulu voir Vierzon et j’ai vu Vierzon. Comme un parfait inconnu qui n’a aucun bagage à poser mais seulement des chansons que j’aurais
pu chanter. Je suis passé devant le théâtre, dommage il était fermé. Mais il était trop tard, peut-être, aussi, pour chanter « Tas voulu voir Vierzon » comme une explication, à Vierzon.
Allez, on m’attend quelque part comme on attend le roi. Mais on ne m’attend point. Je sais depuis déjà que l’on meurt de hasard en allongeant le pas. J’ai
allongé le mien jusque dans les recoins où ma chanson a pu se glisser pour la remplir des souffles de cette ville que je ne connaissais pas. Car je peux bien le dire maintenant, je n’en
connaissais rien. Ni ses airs de sous-préfecture fêtant la sous-préfète, ni ses histoires murmurées, ni ce succès… un peu ma faute ou grâce à moi ? Allez, ce n’est pas que je
n’aime plus Vierzon que je le quitte, j’ai de la route jusqu’à Vesoul, Honfleur, Hambourg, Anvers et ses faubourgs. Et je dois passer voir Hortense, et voir Byzance, et la gare Saint Lazare.
Chauffe, chauffe, chauffe, Marcel.
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